§. 155. Souvent le mal est moins violent, la fievre est peu forte; elle cesse entierement dès que les douleurs commencent, & les douleurs n'attaquent qu'une ou deux parties.
§. 156. Si le mal reste long-tems fixé sur une articulation, le mouvement en reste gêné pour toute la vie. J'ai vu une personne à qui un rhumatisme à la nuque, a laissé un torticolis qu'elle garde depuis vingt ans, & un pauvre jeune homme qui avoit perdu le mouvement d'une hanche & des deux genoux: il ne pouvoit être ni debout, ni assis, & il n'avoit que peu d'attitudes possibles dans le lit.
§. 157. La cause la plus ordinaire du rhumatisme, c'est la transpiration arrêtée. Il est lui-même une maladie inflammatoire, & il veut être traité comme tel.
§. 158. Dès que le mal est déclaré, l'on donne un lavement [No. 5]; & une heure après, on fait une saignée de douze onces au bras. L'on se met au régime, & l'on boit abondamment de la ptisane [No. 2], & du lait d'amande [No. 4]. Dans les campagnes, où les laits d'amande sont trop couteux pour le peuple, on peut leur donner du petit lait extrêmement clair, adouci avec un peu de miel. J'ai vu un rhumatisme très grave, guéri après deux saignées, sans autre remede ni aliment, pendant treize jours. Le petit lait peut aussi servir avec succès pour les lavemens.
§. 159. Si le mal ne diminue pas considérablement après la premiere saignée, il faut la réitérer au bout de quelques heures. J'en ai fait faire quatre dans les deux premiers jours, & quelques jours après une cinquiéme; mais ordinairement après la seconde, la dureté du pouls diminue, & lors même que les douleurs continuent également fortes, le malade est cependant moins inquiet. Il faut réitérer tous les jours le lavement, même deux fois, si chaque lavement n'évacue que peu, & si le malade souffre de grands maux de tête. Dans les cas excessivement douloureux, le malade ne peut pas se mettre dans l'attitude nécessaire pour les prendre; alors il faut rendre les boissons aussi relâchantes qu'il est possible, & lui donner soir & matin une prise de crême de tartre [No. 23]. Ce remede joint au petit lait, & pris pendant long-tems, a guéri deux personnes, à qui je l'avois conseillé, de douleurs de rhumatisme, qui, depuis plusieurs années, revenoient très fréquemment avec un peu de fievre.
Les pommes & les pruneaux cuits, les fruits d'été bien mûrs, sont les meilleurs alimens. L'on épargne beaucoup de douleurs aux malades, en tenant toujours une alaise sous leur dos, & une autre sous leurs cuisses, qui servent à les remuer. Quand ils ont les mains libres, une corde attachée au ciel du lit, & terminée par un morceau de bois qui est attaché en travers, ou par quelque autre poignée, leur est extrêmement utile pour s'aider eux-mêmes.
§. 160. Quand il n'y a plus de fievre, & que le pouls n'a plus de dureté, je purge avec succès, avec la potion [No. 22]; & si elle procure au malade cinq ou six selles, il se trouve ordinairement très soulagé: l'on réitere avec succès le surlendemain, & quelques jours après.
Quand les douleurs sont excessives, elles ne souffrent aucune application; mais on peut employer les bains de vapeurs, qui, moyennant qu'on les fasse souvent & long-tems, soulagent très efficacement. Quand il est possible, il faut employer continuellement quelqu'une des applications émollientes [No. 9]. Un demi-bain ou un bain entier tiede, dans lequel le malade reste une heure, après les saignées suffisantes & plusieurs lavemens, soulage infiniment. J'ai vu un malade y entrer avec les douleurs les plus aiguës, des hanches & d'un genou; il souffrit encore cruellement dans le bain & en le quittant; une heure après être rentré au lit, il sua pendant trente-six heures, plus qu'on ne peut le croire, & fut guéri. Mais le bain ne doit jamais précéder les saignées, ou au moins quelqu'autre évacuation, il augmenteroit le mal. Les douleurs redoublent ordinairement pendant la nuit, & l'on donne des remedes pour faire dormir, mais fort mal-à-propos. Ils augmentent très réellement la cause du mal, & détruisent l'effet des remedes; souvent même ils augmentent la douleur, bien loin de la calmer. Ils conviennent si peu, que le sommeil même, qui vient naturellement dans les commencemens de cette maladie, est à charge aux malades. Ils ont au moment où ils s'endorment, de violens tressaillemens ou soubresaults qui les réveillent douloureusement; ou s'ils dorment quelques momens, les douleurs sont plus fortes au réveil.
§. 161. Le rhumatisme se termine, ou par les selles, ou par des urines troubles, épaisses, & qui déposent abondamment un sédiment jaunâtre, ou par des sueurs, & il est rare que cette derniere évacuation n'ait pas lieu sur la fin de la maladie. On l'aide en buvant de l'infusion de fleurs de sureau. Mais dans les commencemens les sueurs sont pernicieuses. Il arrive aussi, mais plus rarement, que les rhumatismes se terminent par le dépôt d'une matiere acre sur les jambes, où elle forme d'abord des vessies qui s'ouvrent et dégénerent en ulceres, & si on les ferme trop tôt, les douleurs reviennent. D'autrefois il se forme un abcès dans la partie même malade, ou dans le voisinage. J'ai vu un vigneron chez qui, après de violens maux de reins, il se forma un abcès au haut de la cuisse, qu'il laissa empirer. Quand je le vis, l'abcès étoit monstrueux. Je le fis ouvrir, il en sortit tout à la fois plus de trois pots de pus; mais il mourut au bout de quelque tems. Une autre crise de rhumatisme, c'est une espece de galle qui survient dans le voisinage des parties souffrantes. Dès que l'éruption est faite, les douleurs se dissipent; mais les boutons durent quelquefois plusieurs semaines.
§. 162. Je n'ai jamais vu que les douleurs durassent avec quelque violence plus de quatorze jours dans cette espece de rhumatisme; mais il reste dans les parties, de la foiblesse, de l'engourdissement, de l'enflure, & il faut plusieurs semaines, quelquefois des mois, surtout si la maladie a attaqué en Automne, avant que le malade reprenne toutes ses forces. J'en ai vu qui après un rhumatisme très douloureux, conservoient un sentiment de lassitude très incommode, qui ne cessa qu'après une éruption abondante, sur toute la peau, de petites vessies pleines d'eau dont plusieurs s'ouvrirent, quelques-unes se sécherent.