§. 163. L'on peut hâter le retour des forces dans les parties affoiblies, par des frictions qu'on fait soir & matin avec un morceau de flanelle, ou de quelqu'autre étoffe de laine, en prenant de l'exercice & en se conformant exactement aux conseils donnés à l'article de la convalescence.

On prévient cette maladie par les moyens que j'ai indiqués au [§. 95], en parlant des pleurésies.

§. 164. Quelquefois le rhumatisme avec fievre attaque des personnes qui ne sont pas aussi sanguines, ou dont le sang n'est pas aussi disposé à l'inflammation, dont les chairs sont plus molles & qui ont plus d'âcreté dans les humeurs que d'épaississement. La saignée est moins nécessaire pour eux, quoique la fievre soit très forte, mais il faut des purgatifs, & après qu'ils sont évacués, des vésicatoires qui soulagent souvent dès qu'ils commencent à agir, mais qu'il ne faut jamais employer quand la maladie est accompagnée d'un pouls dur. La poudre [No. 24], réussit aussi très bien dans ce cas.

§. 165. Il y a une autre espece de rhumatisme, qu'on appelle chronique. Il a quelques caracteres qui le distinguent. 1. Il est ordinairement sans fievre. 2. Il dure très long-tems. 3. Il n'attaque pas ordinairement autant de parties à la fois que l'autre. Souvent l'on n'apperçoit aucun changement dans la partie malade, qui n'est ni plus chaude, ni plus rouge, ni plus enflée; quelquefois l'un ou l'autre de ces accidens a lieu. Le premier rhumatisme attaque des personnes fortes, robustes, vigoureuses; cette espece attaque plutôt les personnes d'un certain âge, ou les personnes languissantes.

La douleur abandonnée à elle-même, ou mal conduite, dure quelquefois plusieurs mois, & même des années. Elle est surtout extrêmement opiniâtre quand elle se jette à la tête, aux reins, (les paysans dans ce cas l'appellent Maclet), ou à la hanche & le long de la cuisse; c'est ce qu'on appelle Sciatique. Il n'y a point de partie que cette douleur n'attaque. Quelquefois elle se fixe sur une très petite partie, comme dans un coin de la tête, à l'angle de la machoire, sur l'extrémité d'un doigt, à un genou, sur une côte, sur un sein où elle occasionne assez fréquemment des douleurs, qui font craindre à la malade un cancer. Elle se jette aussi sur les parties intérieures: sur le poulmon, elle occasionne des toux très opiniâtres, qui enfin dégénerent en des maux de poitrine très graves: sur l'estomac & les boyaux, des douleurs de coliques horribles: sur la vessie, des maux si semblables à ceux que produit la pierre, que des gens qui ne manquoient ni de connoissance, ni d'expérience, y ont été trompés plus d'une fois.

§. 166. Le traitement est un peu différent du précédent: cependant si la douleur est très violente, & que le malade soit robuste, une saignée dès le commencement fait un très bon effet. On délaie le malade en lui faisant boire une ptisane très forte de racine de bardane [No. 25]. On le purge, & on peut employer avec succès la poudre [No. 21]. C'est dans cette espece qu'on a employé quelquefois utilement un remede qui a acquis quelque réputation, surtout dans les campagnes. On le tire de Geneve, je ne sais pourquoi, sous le nom d'opiate pour le rhumatisme; ce n'est autre chose que l'électuaire caryocostin, tel qu'on le trouve chez tous les Apotiquaires. Mais j'avertis qu'il a fait du mal quand on s'en est servi dans la premiere espece, & même dans celle-ci, quand on l'a employé pour des personnes foibles, maigres, échauffées, & sans avoir fait précéder les délayans, ou quand on l'a employé trop long-tems. Il laisse dans une foiblesse dont on ne peut pas se délivrer: il est composé d'aromates très chauds & de purgatifs âcres.

§. 167. Quand on a essayé les remedes généraux, si le mal subsiste, il faut faire usage, pendant long-tems, des remedes propres à rétablir la transpiration. Les pilules [No. 18], & une forte infusion de sureau ont souvent réussi; & quand on a long-tems délayé, qu'il n'y a point de fievre, que l'estomac fait bien ses fonctions, que le malade n'est point resserré, qu'il n'est pas d'un tempéramment sec, que la partie malade n'est pas enflammée, l'on peut donner hardiment la poudre [No. 24], le soir en se couchant, avec une tasse ou deux de thé de feuilles de chardon bénit, & la grosseur d'une noisette de thériaque; ce remede jette dans des sueurs abondantes, qui emportent souvent le mal. On peut le rendre plus efficace, en enveloppant toute la partie dans une flanelle trempée dans la décoction [No. 26].

§. 168. De toutes les douleurs, la sciatique est une des plus opiniâtres. J'ai vu les plus grands effets de l'application de sept ou huit ventouses sur la partie souffrante, & j'ai guéri par ce seul secours, en peu d'heures, des sciatiques qui avoient résisté à plusieurs années de remede. Les vésicatoires, ou les emplâtres quelconques qui occasionnent une suppuration dans cette partie, contribuent aussi souvent à la guérison, mais moins efficacement que les ventouses. Il faut les réitérer plusieurs fois. L'application d'une toile ou d'un taffetas cirés verts sur la partie malade, la fait transpirer abondamment, & évacuent par-là l'humeur âcre qui occasionnoit la douleur. Quelquefois même l'une & l'autre de ces applications, mais surtout le taffetas qui s'applique plus exactement, & dont le cirage est différent, font lever des vessies comme les vésicatoires. Une emplâtre de chaux vive & de miel pêtris ensemble, a guéri des sciatiques opiniâtres. L'huile d'œuf, qui n'est point une vraie huile, a guéri quelques personnes en en frottant fortement la partie malade. Souvent les seules frictions soulagent. L'on fait avec succès un seton au bas de la cuisse. Enfin des douleurs qui n'avoient cédé à aucun de ces remedes, ont été guéries par une brûlure artificielle.

§. 169. Les bains chauds de Bourbonne, de Plombieres, d'Aix, & plusieurs autres sont souvent d'une très grande efficacité. Je suis pourtant persuadé qu'il n'y a point de douleur de rhumatisme qu'on ne puisse guérir sans leurs secours. Le peuple leur substitue le bain de marc, qui guérit quelques personnes en faisant beaucoup suer. Les bains froids sont le meilleur reméde pour en préserver; mais on ne peut pas toujours les prendre. Plusieurs circonstances en rendent l'usage absolument impossible pour quelques personnes. Celles qui sont sujettes à cette espece de rhumatisme, feront très bien de se frotter tous les matins, tout le corps s'ils peuvent, mais sur-tout les parties souffrantes, avec une flanelle. Ce secours entretient la transpiration mieux qu'aucun autre; quelquefois même il l'augmente trop. Il est aussi très utile d'avoir toute la peau couverte pendant l'hiver, immédiatement avec de la laine.

Après un rhumatisme violent, on doit éviter, pendant long-tems, l'air froid & humide, qui occasionneroit une rechûte.