L'on objectera encore, que la plûpart des campagnes sont très éloignées des villes, & que le paysan n'est pas à portée, par-là même, de se procurer d'abord ce dont il a besoin. Je réponds, qu'il y a effectivement plusieurs villages très éloignés des villes où il y a des Apoticaires; mais si l'on en excepte certains endroits des montagnes, il y en a peu qui soient à plus de trois ou quatre lieues de quelque petite ville, où il se trouve toujours quelque Chirurgien, ou quelque Marchand qui vend des drogues. Ce n'a peut-être pas été, jusques à présent, celles que j'indique; mais ils s'en fourniront dès qu'ils pourront en espérer le débit; & ce sera pour eux une nouvelle branche de commerce. J'ai eu soin d'indiquer le tems que chaque remede pouvoit se garder sans risque. Il y en a d'un usage très fréquent, dont les Maîtres d'école pourroient eux-mêmes avoir une certaine provision. Je suppose aussi, s'ils veulent bien entrer dans mes vues, qu'ils seront munis des instrumens nécessaires aux soins qu'ils rendront. S'il s'en trouve pour qui des lancettes, un instrument propre à ventouser, une seringue, (qui peut être remplacée par des vessies,) fussent une emplette trop considérable, les communes pourroient la faire, & les instrumens passeroient au successeur. Il ne faut pas espérer que tous puissent ou veuillent apprendre à en faire usage; mais un seul peut suffire aux besoins de quelques villages voisins, sans que ses devoirs en souffrent.

L'exemple journalier de gens qui viennent me consulter du-dehors, sans pouvoir répondre aux questions que je leur fais, & les plaintes de plusieurs Médecins à cet égard, m'ont engagé à donner le dernier chapitre. Je finirai celui-ci par quelques remarques, propres à faciliter l'intelligence de quelques termes qu'il a fallu employer dans l'ouvrage.

Le pouls bat ordinairement chez une personne bien portante, depuis l'âge de dix-huit ou vingt ans, jusques à soixante-dix, entre soixante & soixante-dix fois par minutes: il se rallentit un peu quelquefois, chez les vieillards; & chez les enfans, il bat plus vite: jusques à trois ou quatre ans, cette différence va au moins à un tiers; elle diminue ensuite peu-à-peu.

Une personne intelligente, qui aura touché souvent son pouls, & souvent celui des autres, jugera assez exactement du degré de fievre d'un malade. Si le pouls n'est que d'un tiers plus vite, elle n'est pas extrêmement forte: elle est forte quand cette augmentation est d'une moitié; très dangereuse, l'on peut presque dire mortelle, quand on est parvenu au point d'avoir deux battemens au lieu d'un. Il ne faut pas juger du pouls seulement par la vitesse, mais encore par la force ou la foiblesse, la dureté ou la molesse, la régularité ou l'irrégularité.

Il n'y a pas besoin de définir le pouls fort & le pouls foible: le fort est presque toujours d'un bon augure; &, s'il l'est trop, on peut l'affoiblir: le foible est souvent fâcheux.

Si le pouls, en frappant le doigt, fait sentir un coup sec, comme si l'artere étoit de bois ou de quelque métal, on l'appelle dur; l'opposé s'appelle mou; le dernier vaut généralement mieux. Si le pouls est fort & mou, encore qu'il soit vite, on doit conserver beaucoup d'espérances. S'il est fort & dur, cela indique ordinairement une inflammation, & demande la saignée & le régime rafraichissant. S'il est petit, vite & dur, le danger est très grand.

L'on appelle pouls régulier, celui dont tous les battemens sont à des distances égales, dont il ne manque point de battemens, (s'il en manque il est intermittent,) & dont tous les battemens se ressemblent, de façon qu'il n'y en a pas alternativement un fort & un foible.

Tant que le pouls est bon, que la respiration n'est pas embarrassée, que le cerveau ne paroît pas fortement attaqué, que le malade prend les remedes, qu'ils produisent l'effet qu'on en attend, qu'il conserve des forces, qu'il sent son état, l'on doit espérer de le guérir: quand tous, ou le plus grand nombre de ces caracteres manquent, il est dans un pressant danger.

Il est souvent question de la transpiration arrêtée. L'on appelle transpiration, cette humeur qui sort continuellement par les pores de la peau, & qui, quoiqu'elle soit peu visible, est cependant très considérable; puisque, si une personne bien portante a mangé ou bu huit liv. dans un jour, il n'en sort pas quatre par les selles ou par les urines, & que le reste se dissipe par la transpiration insensible. L'on sent aisément, que si une telle évacuation vient à s'arrêter, & si cette humeur, qui devoit sortir par la peau, se jette sur quelque partie intérieure, il peut en résulter des maux fâcheux: c'est une des causes les plus fréquentes des maladies.

Je n'ajoute qu'un mot; toutes ces directions sont destinées uniquement pour ceux qui ne peuvent point avoir de Médecin. Je suis bien éloigné de croire, qu'elles puissent en tenir lieu, même dans les maladies que j'ai traitées le plus au long, & au moment où il arrive, elles doivent être mises de côté. La confiance doit être nulle ou entiere; sur elle sont fondés les succès: c'est au Médecin à juger du mal, & à choisir les remedes; & l'on doit sentir le peu de convenance qu'il y a, à lui proposer d'en employer quelques autres préférablement à ceux qu'il conseille, uniquement parcequ'ils ont réussi chez un autre malade, dans un cas qu'on croit à peu près semblable: c'est proposer à un cordonnier de faire un soulier pour un pied, sur le modele d'un autre, plutôt que sur la mesure qu'il a prise.