§. 540. La quantité de sang qu'on doit tirer dans une saignée de précaution, à un homme fait, est de dix onces.
§. 541. Les personnes sujettes à faire trop de sang, doivent éviter avec soin toutes les causes qui peuvent l'augmenter (voyez [§. 537] No. 1). Et quand elles sentent que le mal commence, elles doivent se mettre à une diete très frugale, de legumes, de fruits, de pain & d'eau; prendre quelques bains de pied tiedes, faire usage, soir & matin, de la poudre [No. 20]; boire de la ptisane [No. 1]; peu dormir, prendre beaucoup d'exercice. En prenant ces précautions, ou elles pourront se passer de la saignée, ou, si elles sont également obligées de la faire, elles en augmenteront & elles en prolongeront l'effet. Ces mêmes moyens servent aussi à éloigner tout le danger qu'il peut y avoir à omettre une saignée à l'époque ordinaire, quand l'habitude en est déja invéterée.
§. 542. L'on voit, en frémissant, que quelques personnes sont saignées, dix-huit, vingt, vingt-quatre fois dans deux jours; d'autres quelques centaines de fois dans quelques mois. Ces observations prouvent, à coup sûr, toujours l'ignorance du Medecin ou du Chirurgien; & si le malade en réchappe on doit admirer les ressources de la Nature, qui ne succombe pas sous tant de coups meurtriers.
§. 543. L'on a dans les campagnes, un préjugé très faux; c'est que la premiere saignée sauve la vie. Il n'y a pour se convaincre de sa fausseté, qu'à vouloir regarder, & l'on verra tous les jours le contraire, & plusieurs personnes mourir après la premiere saignée qu'on leur fait. Si ce principe étoit vrai, il seroit impossible que personne mourut de sa premiere maladie, ce qui arrive journellement. Il est important de détruire cette prévention, parcequ'elle a des influences facheuses. La foi qu'on a à cette saignée, fait qu'on veut la garder pour les grands dangers, & on la differe tant que le malade n'est pas fort mal, dans l'espérance que si l'on peut s'en passer, on la conservera pour une autre occasion. Cependant le mal empire, on saigne, mais trop tard, & j'ai l'exemple de plusieurs malades, qu'on a laissé mourir, afin de réserver la premiere saignée pour un cas plus important.
Des Purgations.
§. 544. L'on purge ou par le vomissement, ou par les selles. Cette derniere voie est beaucoup plus naturelle que la premiere, qui ne se fait que par un mouvement violent & extraordinaire. Il y a cependant quelques cas qui exigent le vomissement; mais excepté ces cas-là, (j'en ai déja indiqué quelques-uns), il faut se contenter des remedes qui purgent par les selles.
§. 545. Les signes qui font connoître qu'on a besoin de purger, sont 1o. un mauvais goût à la bouche le matin, surtout un goût amer, la langue, les dents sales. Des raports désagréables, des vents, des gonflemens. 2o. Des envies de vomir à jeun, & même quelquefois dans le reste du jour, supposé qu'elles ne dépendent point d'une grossesse, ou de quelqu'autre maladie, dans laquelle les purgatifs seroient inutiles ou nuisibles. 3o. Des vomissemens de matieres ameres ou corrompues. 4o. Un sentiment de pesanteur dans l'estomac, aux reins, aux genoux. 5o. Un manque d'appetit, qui s'accroît peu à peu, sans fiévre, & qui dégénere en dégoût, & quelquefois fait trouver un mauvais goût à ce qu'on mange. 6o. Un manque de forces, accompagné quelquefois d'inquiétude, de mauvaise humeur, de tristesse. 7o. Des maux d'estomac, souvent des maux de tête ou des vertiges, quelquefois des assoupissemens qui augmentent après le repas. 8o. Des coliques, de l'irrégularité dans les selles, qui sont quelquefois trop abondantes & trop liquides pendant plusieurs jours, après lesquels il survient une constipation opiniâtre. 9o. Le pouls moins réglé & moins fort qu'à l'ordinaire, quelquefois intermittent.
§. 546. Quand ces symptômes, ou quelques-uns de ces symptômes font connoître le besoin de purger chez une personne qui n'est attaquée d'aucune maladie décidée (car je ne parle point de purgatifs dans ce cas), on peut lui donner quelque remede propre à produire cet effet. Le mauvais goût & les raports continuels, les envies fréquentes de vomir, les vomissemens même, la tristesse indiquent qu'un remede émétique sera utile; mais quand ces accidens n'ont pas lieu, il faut s'en tenir aux purgatifs, qui sont particulierement indiqués par les maux de reins, les coliques, la pesanteur dans les genoux.
§. 547. L'on ne doit point purger ni donner l'émétique 1o. toutes les fois que les maladies viennent de foiblesse ou d'épuisement. 2o. Quand il y a une sécheresse générale, un grand échauffement, de l'inflammation, une forte fiévre. 3o. Quand la nature est occupée de quelqu'autre évacuation salutaire. Ainsi on ne purge point pendant des sueurs critiques, pendant les regles, pendant un accès de goutte. 4o. Dans des obstructions invétérées, que les purgatifs ne peuvent pas détruire, & qu'ils augmentent. 5o. Quand les nerfs sont extrêmement affoiblis.
§. 548. L'on ne doit point non-plus donner l'émétique dans tous les cas dont je viens de parler; mais comme il produit des effets différens des purgatifs, il y a d'autres cas dans lesquels on peut purger, & non-pas faire vomir. Ces cas sont 1o. une grande quantité de sang (voyez [§. 537]); parceque pendant les efforts qu'on fait pour vomir, la circulation se fait beaucoup plus fortement, & les vaisseaux de la tête & de la poitrine se remplissant extrêmement de sang, pourroient se rompre; ce qui tueroit sur le champ, comme il est arrivé plus d'une fois. On ne doit point, 2o. par la même raison, l'ordonner à ceux qui sont sujets à des saignemens de nez, à des crachemens ou à des vomissemens de sang, aux femmes qui ont des pertes. 3o. Il nuiroit à ceux qui ont des hernies. 4o. Aux femmes grosses.