§. 549. Les purgatifs souvent réitérés, ont les mêmes inconvéniens que les fréquentes saignées. Ils ruinent les digestions, l'estomac ne fait plus ses fonctions, les intestins deviennent paresseux, & l'on est sujet à des coliques très violentes. Le corps ne se nourrit pas, la transpiration se dérange, il survient des fluxions, des maux de nerfs, une langueur générale, & l'on vieillit long-tems avant le tems.
L'on fait un tort irréparable à la santé des enfans par les purgatifs pris mal-à-propos. Ils les empêchent d'acquérir toutes leurs forces; souvent ils dérangent leur crüe, ils ruinent les dents, jettent les jeunes filles dans les oppilations, & quand elles en sont déja atteintes, ils les rendent plus opiniâtres.
C'est un préjugé trop généralement reçu, qu'il faut purger quand on n'a pas d'appétit. Cela est faux très souvent, & la plûpart des causes qui détruisent l'appétit ne peuvent point être enlevées par la purgation; il y en a plusieurs qu'elle augmente. Les personnes dans l'estomac desquelles il se forme beaucoup de glaires, croient se guérir par les purgatifs, qui paroissent en effet les soulager d'abord; mais c'est un soulagement passager & trompeur. Ces glaires viennent de la foiblesse de l'estomac, & les purgatifs l'augmentent; ainsi quoiqu'ils enlevent une partie des glaires formées, il y en a au bout de quelques jours plus qu'auparavant; & en réitérant les purgatifs, le mal est bientôt incurable, & la santé perdue. L'on guérit par des remedes tout opposés. Ceux du [No. 14], [36], sont très utiles.
L'usage des stomachiques préparés avec l'eau-de-vie, l'esprit de vin, l'eau de cérise, est toujours dangereux, & malgré le soulagement que ces remedes procurent d'abord dans quelques maux d'estomac, ils détruisent réellement peu à peu cet organe, & l'on voit tous ceux qui s'accoûtument aux liqueurs, tout comme les grands buveurs, finir par ne faire aucune digestion, & mourir hydropiques.
§. 550. L'on peut souvent se passer d'émétique ou de purgatifs, lors même qu'ils paroissent nécessaires, en se retranchant un repas par jour pendant quelque tems; en se privant de tous les alimens nourrissans, & surtout de ceux qui sont gras; en buvant beaucoup d'eau fraîche, & en prenant plus d'exercice qu'à l'ordinaire. Ces moyens servent à surmonter, sans purgation, les différens mal-aises qu'on éprouve souvent à l'époque où l'on avoit accoûtumé de se purger.
§. 551. Les remedes [No. 33] & [34], sont les émétiques les plus sûrs. La poudre [No. 21], est un bon purgatif, quand il n'y a point de fiévre. Les doses marquées conviennent pour un homme fait, d'un tempérament vigoureux. Il s'en trouve cependant quelquefois pour qui ces doses seroient insuffisantes, on peut les augmenter d'un tiers, ou d'un quart; mais si alors elles n'operent pas, il faut bien se garder de doubler & de tripler comme on le fait quelquefois sans réussir à purger, & au risque de tuer le malade, comme il est arrivé souvent. L'on doit, dans ces cas, donner de grandes doses de petit lait miellé, ou d'eau tiede, dans un pot de laquelle on met une once, ou une once & demie de sel de cuisine, & on boit cette dose à petits coups en se promenant.
Les montagnards qui ne vivent presque que de lait, ont des fibres si peu sensibles, qu'il faut pour les purger, des doses qui tueroient tous les paysans de la plaine. Il y a dans les montagnes du Valais, des hommes qui prennent tout à la fois jusqu'à vingt, & même vingt-quatre grains de verre d'antimoine, dont un grain ou deux suffiroient pour empoisonner des personnes ordinaires.
§. 552. Quand on est commandé par une maladie pressante, on purge en tout tems & à toute heure. Quand on est à peu près maître du tems, il faut éviter les saisons extrêmes; c'est-à-dire les très grandes chaleurs, ou les très grands froids, & se purger le matin, afin que les remedes ne trouvent pas d'embarras dans l'estomac. Toute autre considération, relativement aux astres ou à la Lune, est ridicule & dénuée de tout fondement. Le peuple redoute les remedes pendant la canicule; si c'étoit par la raison de la chaleur, il seroit pardonnable; mais c'est par un préjugé astrologique d'autant plus ridicule aujourd'hui, que les jours caniculaires sont éloignés de trente-six jours de ceux auxquels on donne ce nom.
§. 553. Quand on veut prendre un émétique, ou se purger, il faut s'y préparer au moins vingt-quatre heures d'avance, en ne prenant que peu d'alimens, & en buvant quelques verres d'eau tiéde, ou de quelque thé d'herbes.
Après avoir pris l'émétique, il ne faut boire que quand il commence à agir; mais alors il faut avaler des torrens d'eau tiede, ou ce qui vaut mieux, de thé de camomille extrêmement leger. Après les purgations, on est en usage de prendre du bouillon pendant qu'elles agissent. De l'eau tiede sucrée ou miellée, ou un thé de fleurs de chicorée seroient quelquefois plus convenables.