§. 554. Comme l'estomac souffre toutes les fois qu'on prend l'un ou l'autre de ces remedes, il faut se ménager pendant quelques jours, après les avoir pris, tant pour la quantité que pour la qualité des alimens.
§. 555. Je ne parlerai point de quelques autres remedes de précaution, bouillons, petit lait, eaux, &c. ils ont peu d'usage parmi le peuple. Je me bornerai à cette remarque générale; c'est que quand on prend ces remedes, il faut avoir un régime assortissant & qui concoure au même effet. On prend ordinairement le petit lait pour se rafraîchir, & l'on s'interdit, pendant qu'on le boit, les légumes, les fruits, la salade; l'on ne prend que les meilleures viandes, des jardinages au bouillon, des œufs; c'est détruire par les alimens qui échauffent, le bien qu'on attend du petit lait qui rafraîchit.
L'on veut se rafraîchir par des bouillons, & l'on y met des écrevisses, qui échauffent puissamment, ou du cresson, qui échauffe aussi; c'est manquer son but. Heureusement dans ce cas, une erreur en répare souvent une autre, & ces bouillons, qui ne sont pas rafraîchissans, font beaucoup de bien, parceque la cause des accidens ne demandoit pas des rafraîchissans, comme on l'avoit cru.
La médecine du public, qui malheureusement n'est que trop suivie, est remplie de pareilles erreurs. J'en citerai encore une, parceque j'en ai vu de funestes suites. Beaucoup de gens croient le poivre rafraîchissant, quoique leur odorat, leur goût & leur raison leur disent le contraire; c'est l'aromate le plus échauffant.
§. 556. Le préservatif le plus sûr, le plus à la portée de tout le monde, c'est d'éviter tous les excès, & surtout ceux dans le manger & dans le boire. L'on mange généralement plus qu'il ne faut pour se bien porter & pour avoir toutes les forces dont on est capable; mais l'habitude est prise, il est difficile de la déraciner. On devroit au moins s'imposer la loi de ne manger que par faim, & jamais par raison; parcequ'il n'y a jamais de raison à manger par raison. Une personne sobre est capable de travaux, je dirois même d'excès en différens genres, dont les gens qui mangent plus, sont absolument incapables. La seule sobriété guérit des maux presqu'incurables, & rétablit les santés les plus ruinées.
DES CHARLATANS
ET DES MAIGES.
§. 557. Il me reste à parler d'un fleau, qui fait plus de ravages, que tous les maux que j'ai décrits, & qui, tant qu'il subsistera, rendra inutiles toutes les précautions qu'on prendra pour la conservation du peuple; ce sont les Charlatans. J'en distinguerai de deux especes; les Charlatans passans, & ces faux Medecins de villages, tant mâles que femelles, connus dans quelques pays sous le nom de Maîges, & qui le dépeuplent sourdement.
Les premiers, sans visiter des malades, débitent des remedes dont quelques uns ne sont qu'extérieurs, & souvent ne font point de mal; mais les intérieurs sont quelquefois pernicieux. J'en ai vu les effets les plus cruels; & il ne passe point de ces misérables, dont l'entrée au pays ne coute la vie à quelqu'un de ses habitans. Ils nuisent encore d'une autre façon; en emportant une grande quantité d'argent comptant, & en enlevant annuellement, quelques milliers de francs, à cette partie des habitans, pour qui l'argent est le plus précieux. J'ai vu, avec douleur, le laboureur & l'artisan, dénués des secours les plus nécessaires à la vie, emprunter, de quoi acheter cherement le poison destiné à combler leur misere, en aggravant leurs maux, & souvent en les jettant dans des maux de langueur, qui réduisent toute une famille à la mendicité.
§. 558. Un homme ignorant, fourbe, menteur, & impudent, séduira toujours le peuple grossier & crédule, incapable de juger de rien, de rien apprécier, qui sera éternellement la dupe de quiconque aura la bassesse de chercher à éblouir ses sens, & qui, par-là même, sera friponné par les Charlatans, tant qu'on les tolerera. Mais le Magistrat, son tuteur, son protecteur, son pere, ne devroit-il pas le soustraire à ce danger, en prohibant séverement l'entrée de ce pays, où les hommes sont précieux; & l'argent rare, à des hommes pernicieux, qui détruisent les uns, & emportent l'autre, sans pouvoir jamais y faire le plus petit bien. Des raisons aussi fortes peuvent-elles permettre de différer plus long tems leur exil, puisqu'il n'y a pas la plus petite raison de les admettre.
§. 559. Les Maîges, n'emportent pas, il est vrai, l'argent du pays, comme les Charlatans passans; mais le ravage qu'ils font parmi les hommes, est continuel, & par-là même immense; & chaque jour de l'année est marqué par le nombre de leurs victimes. Sans aucune connoissance quelconque, sans aucune expérience, armés de trois ou quatre remedes, dont ils ignorent aussi profondement la nature, que celle des maladies dans lesquelles ils les emploient, & qui, étant presque tous violens, sont véritablement un glaive dans la main d'un furieux, ils empirent les maux les plus legers, & rendent à coup sûr mortels ceux qui sont un peu plus forts, mais qui se seroient guéris, si on les eût abandonnés à la nature; à plus forte raison, s'ils avoient été bien traités.