—Ah! dit Thrée, vous ne savez point le désespoir que vous me causez!
Que voulez-vous que je devienne sans vous?
—Dieu ne vous abandonnera pas, ma mère, reprit Agathe. Il vous tiendra compte du sacrifice que vous lui faites! Il vous comblera de consolations, ajouta-t-elle avec un peu d'amertume, et en portant les yeux vers la layette à laquelle travaillait sa mère.
Thrée jeta un regard de terreur sur les jeunes filles; la dernière parole d'Agathe avait failli lui faire entrevoir leur fatal secret; mais elle repoussa cette pensée comme impossible et folle!
—Puisque vous le voulez, dit-elle, allez vous-mêmes annoncer à votre grand-père le cruel dessein que vous avez arrêté. Je ne me sens point le courage de lui porter un pareil coup. Allez! s'il consent à votre départ, je vous réponds d'obtenir de votre beau-père qu'il ne s'oppose point à la résolution que vous avez prise.
Agathe et Annetje sortirent en se tenant par la main, et se dirigèrent vers le jardin où se trouvait mynheer Borrekens assis au soleil et, comme d'habitude, dessinant avec sa canne des arabesques sur le sable.
—Ma soeur, dit Annetje en arrêtant Agathe, ma soeur, je n'oserai jamais!
—Viens, ne manquons pas de courage à cette heure suprême! Viens!
—Ma soeur, il en mourra! Ce coup va le tuer.
—Ecoute, interrompit Agathe, je ne puis continuer à souffrir ce que nous souffrons depuis un an! Je préfère la mort! N'es-tu donc pas comme moi? Ne sens-tu pas mille pensées funestes s'éveiller dans ta tête, allumer ton sang et agiter convulsivement ton coeur? Il y a des moments où le désespoir me ferait blasphémer contre la volonté divine! Il y va du salut de mon âme. Allons, viens!
—Ah! vous voici, mes chères filles, dit le vieillard de sa voix chevrotante, et du plus loin qu'il les aperçut. Venez vous asseoir à mes côtés! Mais qu'avez-vous donc? l'une de vous est pâle et l'autre a les yeux pleins de larmes! Quel chagrin éprouvez-vous donc?