Quand cette toilette fut terminée, un sourire éclaira le visage d'Annetje, une larme roula dans les yeux d'Agathe.
Arrivées au parloir, elles y trouvèrent leur confesseur, que l'abbesse avait fait prévenir. Le vieillard, à la vue des jeunes filles, ne put réprimer son attendrissement:
—Je n'ai point voulu prévenir votre mère, dit-il quand il se sentit un peu remis de son émotion; j'ai pensé qu'il valait mieux lui laisser la joie complète de la surprise d'une visite aussi peu attendue et aussi ardemment désirée. Cruelles enfants! Vous ne savez pas la tristesse que votre départ a laissé derrière vous!
Elles montèrent dans la voiture, la même qui les avait amenées autrefois, et les deux vigoureux chevaux qui formaient l'attelage se mirent en marche avec une vitesse qui, pour secouer un peu les jeunes voyageuses, ne leur en était pas moins agréable.
Annetje prit la main de sa soeur, et se penchant à son oreille, tandis que le prêtre, suivant son habitude, récitait sa bréviaire:
—Ma soeur! lui dit-elle d'une voix tremblante; ma soeur, ton coeur bat-il comme le mien? Oh! j'ai peur que le courage me manque en revoyant ma mère et mon pauvre vieux grand-père!
—Tais-toi! tais-toi! Repousse ces fatales pensées! murmura Agathe. Comme toi, l'Ange rebelle me les suggère, mais prie Dieu de me donner la force de les vaincre.
Au moment où la voiture s'était éloignée du couvent, le ciel était bleu, et le soleil jetait quelques rayons joyeux sur la campagne dépouillée par l'hiver.
Après une heure de route, des nuages sombres s'amoncelèrent dans les airs; le soleil disparut, tout prit un aspect froid et sinistre. Puis on vit peu à peu quelques flocons de neige voltiger çà et là et saupoudrer la route de leur poussière blanche et glacée. Tantôt le vent balayait cette poussière et l'emportait au loin; tantôt il la rapportait en tourbillons qu'il soulevait d'une manière à la fois folle et menaçante sur le passage de la voiture. Après quoi la poussière blanche resta immobile sur le pavé, le vent cessa, les nuages s'abaissèrent, et la neige vomie de leur sein tomba avec une telle abondance, que bientôt elle couvrit la route d'une couche épaisse dans laquelle s'étouffait le bruit des roues de la voiture. Il fallut même que les voyageurs cherchassent un abri et demandassent l'hospitalité dans une ferme qui se trouva sur leur chemin. Le cocher ne pouvait plus conduire ses chevaux aveuglés, comme lui, par la neige.
Deux heures s'écoulèrent avant que la voiture pût quitter son asile. La neige avait cessé de tomber, mais les roues tournaient péniblement dans le lit de glace amoncelé sur le sol.