Il était nuit close qu'il restait encore plus d'un tiers du voyage à terminer.

Enveloppées dans un même manteau prêté par le fermier chez qui elles s'étaient réfugiées, les deux soeurs se tenaient pressées silencieusement l'une contre l'autre. Tout à coup, Annetje serra la main de sa soeur. Elle venait d'apercevoir, au loin, briller les lumières qui annonçaient la ville d'Anvers. Impuissante à maîtriser ses émotions, Agathe laissa sortir de sa poitrine un cri d'impatience et de joie, tandis qu'Annetje, les yeux pleins de larmes, laissait aller sa tête sur l'épaule de sa soeur.

Enfin la voiture franchit les portes de la ville et commença à traverser les rues sans produire de bruit, car il était tombé au moins autant de neige à Anvers que dans la campagne. A peine entendait-on grincer les roues qui ne tournaient que lentement!

Les voyageurs étaient arrivés devant la porte du pavillon habité par Simon, et il fallait qu'il fissent encore un grand détour pour atteindre la porte principale de la maison.

—Mon père, dit Agathe au vieux prêtre, nous pouvons entrer par ce pavillon chez notre mère. Ne vous exposez point à de nouvelles fatigues en nous menant plus loin, daignez recevoir l'expression de notre reconnaissance pour toute la fatigue que vous a causée ce pénible voyage.

Le moine, qui se mourait de froid et qui n'en pouvait plus de lassitude, étendit la main sur le front des deux novices inclinées devant lui, et celles-ci, le coeur palpitant, s'élancèrent de la voiture avec une légèreté pleine de joie et de trouble.

Ce fut Annetje qui souleva le marteau de la porte. Comme on tardait un peu à venir, Agathe impatiente renouvela deux fois cet appel.

A la fin, la vieille Juive arriva tout essoufflée.

—Que le Ciel soit béni! dit-elle. Votre arrivée va causer à vos parents autant de surprise que de joie! Je cours prévenir dame van Maast.

—Non! Aziza, non! interrompit Agathe, puisqu'on ne nous attend point, laissez-nous le plaisir de causer à nos parents la joie d'une surprise.