A ce bruit, Simon s'élança et trouva les deux soeurs défaillantes au seuil de la chambre. Il les prit dans ses bras, les déposa près du foyer, et, secondé par dame Thrée, il s'efforça par les soins les plus tendres de les rappeler à la vie.
Annetje reprit connaissance la première, et fondit en larmes lorsqu'elle se trouva, en rouvrant les yeux, dans les bras de sa mère.
Quand, à son tour, Agathe entr'ouvrit la paupière, Annetje passa le bras autour du cou de sa mère, et toutes les trois, confondues dans la même étreinte, elles mêlèrent leurs larmes et leurs caresses.
—Vous revoir! vous revoir après tant d'absence! murmurait Annetje; ma mère, ma bonne mère!
—Ah! le courage me manquera pour vous quitter encore une fois! s'écria
Agathe.
—Et moi! moi? n'y a-t-il pas une caresse, pas une parole pour moi? demanda le vieux Borrekens, qui, après avoir déposé dans les bras de Toporoo l'enfant qu'il tenait sur ses genoux, se hâtait de courir à ses petites-filles.
—O grand-père! grand-père! dirent-elles en couvrant de baisers ses cheveux blancs; grand-père, ne venez pas nous ôter le courage dont nous avons besoin!
—Non! non! reprit-il: écoutez la voix de votre coeur! Dieu ne peut exiger de votre jeunesse le sacrifice qu'un sentiment irréfléchi vous a entraînées à vouloir lui faire. Restez dans le sein de votre famille! Ne nous quittons plus!
—Ne nous quittons plus! répéta dame Thrée. Cruelles enfants, vous ne savez pas les larmes que vous m'avez coûtées!
Les deux soeurs se sentirent presque vaincues, et elles entourèrent de nouvelles étreintes plus convulsives et plus passionnées encore, leur aïeul et leur mère.