Simon, qui ne s'attendait point à rencontrer la belle-fille de mynheer Borrekens, ne put cacher son émotion et se prit à rougir comme une jeune fille.

Thrée le reçut avec une bienveillance qui ravit le jeune homme et qui ne contribua qu'assez médiocrement à calmer son trouble.

—Eh! bonjour, compère, lui dit-elle; venez embrasser votre filleule, et dites-moi si vous avez vu un plus bel enfant.

Elle se pencha sur le berceau placé à côté d'elle, en souleva le rideau et lui montra les deux petites filles qui dormaient paisiblement.

—Par mon saint patron! dame Thrée, dit-il après avoir considéré quelque temps les jumelles, il me serait tout à fait impossible de distinguer ma filleule de sa soeur. Je ne le pourrais point, quand bien même mon salut en dépendrait.

—C'est comme mon père! c'est comme la sage-femme elle-même!… Ils ont besoin de regarder la cicatrice du bras de ces enfants, pour les distinguer! Moi, il me suffit d'un regard, et cependant, mynheer Simon, quelle ressemblance! On a séparé leurs deux corps qui n'en faisaient qu'un seul, mais leurs âmes sont restées étroitement unies. Elles s'éveillent et s'endorment à la même heure, crient ensemble, s'apaisent ensemble et approchent ensemble leurs lèvres de mon sein.

Je suis certaine qu'elles me souriront le même jour, que leur première dent éclora le même jour et qu'il en sera de même quand elles diront papa et maman. Ah! Dieu est bien grand et bien miséricordieux, dans les joies qu'il donne aux mères! Aussi, ajouta-t-elle avec exaltation, à mes enfants ma vie tout entière, à eux seuls et à toujours!

Elle se pencha pour déposer un baiser sur le front de ses deux petites filles. Elle ne vit point une larme mal réprimée qui s'échappait de dessous la paupière de Simon et glissait le long de ses joues.

Le jeune homme alla regarder par la fenêtre une voiture de brasseur qui passait et resta trois ou quatre minutes à contempler ce spectacle insignifiant, comme s'il l'eût intéressé de la manière la plus vive.

Rien, désormais, ne troubla plus le calme et le silence de la maison de mynheer Borrekens, si ce n'est, toutefois, une visite que fit Rubens à sa commère, ainsi qu'il se plaisait à la nommer. Rubens annonça à la jeune femme qu'il comptait repartir sous peu de jours pour Londres, avec le duc de Buckingham. La jeune femme le reçut avec timidité, rougit lorsque l'artiste entra, rougit chaque fois qu'il lui adressa la parole, et rougit surtout lorsqu'en prenant congé d'elle, il lui baisa la main avec autant de respect que si c'eût été une reine.