Rubens sourit à son tour et n'en écrivit pas moins la lettre au médecin de Leyde; puis, appelant de son sifflet d'argent un page:

—Faites venir Pitremann, lui dit-il.

Le domestique reître qui s'était montré si peu poli avec mynheer
Borrekens ne tarda point à venir.

—Vous allez monter à cheval sur-le-champ, et vous rendre à Leyde pour y remettre cette lettre à son adresse et m'en rapporter la réponse. Allez, et n'épargnez pas les chevaux.

—Que Dieu vous bénisse! s'écria le vieillard, qui voulut porter la main de Rubens à ses lèvres, et à qui celui-ci tendit les bras.

Mynheer Borrekens se hâta de revenir chez lui conter cette bonne nouvelle à sa fille. L'espoir et la consolation rentrèrent donc dans cette maison désolée.

A quelques jours de là, le domestique allemand de Rubens revint harassé de fatigue et tout couvert de poussière. Il rapportait à Rubens la réponse du médecin de Leyde.

«Le plus célèbre peintre du monde, disait la lettre du médecin, excusera son très humble serviteur de ne se point conformer au désir qu'il lui exprime. Quitter Leyde pour Anvers, c'est abandonner trois ou quatre cents malades qui réclament mes soins pour deux seuls qui m'attendent à Anvers. Je prends pour juge de ma résolution la générosité et la justice du chevalier Rubens.»

A la lecture de cette lettre, une légère rougeur couvrit le visage de Rubens. Il n'était point habitué à voir résister à ses volontés. Toute la journée il demeura pensif et soucieux. Hélène elle-même ne put réussir à dérider le front de son mari et à l'arracher à la préoccupation mêlée de dépit qui le rendait distrait et presque sombre.

Le lendemain Rubens annonça que le bourgmestre de Leyde l'avait depuis longtemps sollicité de peindre un tableau pour son hôtel-de-ville, et qu'il comptait se mettre en route dès le lendemain pour Leyde.