Tout était vieux, dans ce corridor, et même un peu abandonné. On n'y trouvait pas la propreté fanatique des maisons des Pays-Bas, et l'on reconnaissait à mille détails qu'une autre femme qu'une Hollandaise était chargée de la direction domestique de ce logis.
Peu à peu la foule s'écoula, et le tour d'admission de Rubens arriva.
Nous ajouterons, pour rester historien véridique, que la vieille juive, tout en ne se mettant point en contradiction flagrante avec les ordres de son maître, s'arrangea de façon à abréger de beaucoup cette attente. Nous dirons encore que deux pièces d'or, glissées dans la main de la digne enfant d'Israël, contribuèrent, autant que le grand nom de Rubens, à faciliter ces transactions de conscience.
Quoi qu'il en soit, la nuit enveloppait complètement la ville de Leyde, quand la vieille juive vint annoncer à Rubens que son maître l'attendait.
CHAPITRE V.
LE CABINET DU MÉDECIN.
Un Indien, vêtu d'un costume étrange, à moitié sauvage et à moitié hollandais, un homme à la peau rouge, à la tête rasée bizarrement et au visage tatoué, fut l'introducteur que la vieille juive donna à Rubens pour le conduire près du médecin. C'était l'Indien dont s'entretenait toute la ville de Leyde, que le médecin avait ramené avec lui du Nouveau-Monde, et qui n'avait point médiocrement contribué à attirer l'attention sur son maître.
L'art médical, à toutes les époques, a aimé à s'entourer de mystères; aujourd'hui encore, en plein dix-neuvième siècles, beaucoup de médecins rédigent leurs ordonnances en latin, et presque tous se servent de signes inconnus au vulgaire pour écrire le poids des médicaments prescrits. On comprendra donc que le médecin de Leyde, soit pour se conformer à cet usage, soit pour tout autre motif, aimât à s'entourer de serviteurs d'une nature à part.
Si telle était son intention, il faut avouer qu'il avait réussi au delà de toute espérance; rien ne ressemblait plus à une sorcière que la vieille juive et à un démon que l'Indien.
Celui-ci, après avoir jeté sur Rubens un regard furtif de son oeil perçant, prit une lampe de cuivre et se mit à marcher devant l'artiste, qu'il emmena, à travers un long corridor, jusqu'à une grande chambre dont il fit lentement et en silence tourner la porte sur ses gonds.