Grâce à un régime intelligent, à une surveillance de toutes les heures, à une sollicitude infatigable, van Maast parvint en peu de temps à triompher tout à fait de la fièvre qui consumait les deux charmantes filles et qui les eût bientôt tuées. Rien ne saurait exprimer le bonheur qu'il éprouvait à les voir renaître à l'existence, perdre peu à peu la pâleur laissée sur leur visage par la maladie, et reprendre le teint coloré et vivant de la jeunesse.

Ces progrès de la convalescence se montraient identiquement les mêmes chez Annetje et chez Agathe. Van Maast ne pouvait se lasser d'admirer l'identité complète des symptômes qui se manifestaient à fois chez les deux soeurs. Il lui suffisait d'interroger le pouls de l'une d'elles, pour savoir avec quelle activité plus ou moins grande circulait le sang de l'autre.

Du reste, quoiqu'il passât une partie de la journée avec elles, il n'était point encore parvenu à pouvoir distinguer la filleule de Rubens: il prenait sans cesse l'une pour l'autre, malgré ses efforts pour les reconnaître. Elles s'amusaient beaucoup de ses erreurs et se faisaient un jeu de les multiplier et d'en rire aux éclats.

Tout, d'ailleurs, leur était nature à rire; le plus frivole incident excitait leur gaîté, et dame Thrée se sentait le coeur rempli d'une joie digne du ciel, quand elle voyait ses enfants qu'elle avait crues perdues à jamais folâtrer dans le jardin, courir, leurs beaux cheveux au vent, et rivaliser de légèreté avec maître Bob, qui ne dédaignait point de s'associer à leurs jeux.

Mynheer Borrekens, le menton appuyé sur sa canne, les suivait des yeux jusqu'à ce qu'une larme de joie vînt voiler les paupières et l'obligeât à l'essuyer, sous peine de ne plus y voir. Dame Thrée avait repris tout l'éclat de sa chaste et noble beauté. Quoiqu'elle comptât déjà trente-trois ans, on l'eût prise plutôt pour la soeur que pour la mère de ses filles, tant la fraîcheur de son teint avait d'éclat, sa taille de souplesse et sa main de fraîcheur et de distinction.

Suivant la coutume flamande, elle n'avait jamais cessé de porter le costume sévère des veuves frisonnes. Mais cette robe noire, cette ample jupe, cette large collerette plissée qui retombait sur ses épaules et laissait voir dans toute sa pureté un col remarquable de forme, semblait combiné tout exprès pour mieux faire valoir les avantages de sa personne.

Simon ne paraissait jamais s'apercevoir de la sollicitude et de la tendresse qu'éprouvait près de lui dame Thrée.

Il agissait envers elle en frère plutôt qu'en amant; aussi près de lui se sentait-elle presque timide et n'osait-elle point se livrer aux inspirations de son coeur et aux élans de son caractère plein d'abandon.

Il n'en était pas de même d'Annetje et d'Agathe, les favorites de Simon, qui n'étaient heureuses que près de lui, qui passaient toutes les journées à ses côtés et qui disposaient de leur médecin avec tout le despotisme que les femmes les plus douces savent trouver à l'occasion.

Il se laissait faire avec autant de satisfaction que de bonhomie, retrouvait de la jeunesse pour se mêler à leur joie, et ne songeait de son côté qu'à complaire à ses filleules, car faute de pouvoir distinguer Agathe d'Annetje, il donnait à toutes les deux ce titre de filleules.