—Ce n'est point moi qui l'ai découverte, répliqua Simon. Sans cela, j'eusse fait pour l'univers et pour la gloire de mon nom, autant que Christophe-Colomb qui a deviné un monde nouveau.
—C'est donc au hasard que vous devez la miraculeuse panacée?
—C'est un don que j'ai reçu d'un ami. Ma provision d'écorce épuisée, si la Providence ne daigne pas me faire trouver, à moi ou à un autre, de quel arbre provient cette écorce, la fièvre que ses vertus savent dompter, redeviendra invincible.
—Oh! cela doit être une histoire curieuse: contez-nous-la, mon ami?
—Vous êtes indiscrète, Agathe, observa doucement dame Thrée.
—Non! dit-il: j'aime trop la sincérité, pour chercher à faire croire que les guérisons que j'opère sont dues à ma science et non au hasard.
—Cette pensée est loin de moi, Simon, et vous êtes bien injuste de me la supposer! répliqua Thrée, les yeux pleins de larmes. Serez-vous donc toujours ainsi pour moi? ajouta-t-elle avec tendresse.
—C'est une histoire bien simple, que celle dont Agathe veut avoir le récit, continua Simon, sans répondre même par un regard aux douces plaintes de Thrée.
Un soir, qu'en ma qualité de chirurgien de l'expédition, je me trouvais forcé d'assister à un combat contre les Indiens, ou plutôt à un massacre de ces malheureux, nus contre des combattants couverts de cuirasses, et n'ayant que des arcs et des flèches pour répondre aux balles et aux boulets de leurs ennemis, un vieillard tomba près de moi, la poitrine percée d'une balle. Déjà, d'énormes chiens, dressés à cette affreuse chasse, s'élançaient sur le malheureux pour le mettre en pièces, quand un sentiment de pitié me fit chercher à sauver l'Indien dont j'avais admiré la bravoure et le sang-froid pendant la bataille. Il me fallut littéralement livrer combat aux molosses, pour leur enlever leur proie. Enfin, je parvins à les écarter, je chargeai mon prisonnier sur mes épaules, et je l'emportai dans ma tente.
—Oh! cela était bien! dit Agathe les yeux brillants de larmes.