—Vous êtes un noble coeur, fit Annetje en même temps que sa soeur.

—On ne voulait pas que nous fissions de prisonniers, et le capitaine sous les ordres duquel je me trouvais insista pour que je me débarrassasse du mien: ce fut l'expression dont il se servit. Je déclarais alors que jamais je ne livrerai à la mort l'homme qui avait reposé sa tête sous ma tente.

Les deux jeunes filles, par un mouvement simultané, portèrent à leurs lèvres la main de Simon.

Je tins bon! On avait besoin de mes soins pour les blessés, car seul j'avais trouvé le secret de combattre les effets fatals du poison que les Indiens mettaient à la pointe de leurs flèches; enfin, je comptais de nombreux amis dans notre petit corps d'armée. Le capitaine, soudard brutal et emporté, dut néanmoins céder à ma volonté calme et inébranlable: le vieillard fut sauvé.

Annetje et Agathe jetèrent un cri de joie.

La convalescence du blessé fut longue. Néanmoins, obligé de l'emmener avec moi chaque fois que nous levions notre camp pour aller l'établir autre part, le manque de repos entretenait chez le malade, une fièvre qui empêchait la blessure de se cicatriser, et qui rendait fort problématique la guérison de ce pauvre homme.

Sur ces entrefaites, nous vînmes établir nos tentes, sur le bord d'un bois.

La nuit même de notre arrivée, tandis que je dormais près du vieillard, je fus éveillé par un bruit léger. J'entr'ouvris les yeux et je vis une jeune Indienne, agenouillée près de la couche du vieillard; elle cherchait à le soulever et à l'emporter dans ses bras, mais elle ne put y parvenir et se prit à pleurer silencieusement.

Après un moment donné au désespoir, elle se glissa hors de la tente et ne tarda point à revenir. Elle apportait un morceau d'écorce qu'elle broya entre ses doigts et qu'elle posa sur les lèvres du vieillard, puis elle disparut légère comme une abeille.

Dès le lendemain la fièvre de mon prisonnier avait disparu. Ses forces commencèrent à renaître, et à quelques jours delà, en rentrant sous ma tente, je la trouvai déserte, le vieillard avait disparu.