Quand la raison me revint, je me trouvai dans une cabane inconnue: une jeune fille veillait près de moi; un Indien que je reconnus pour mon visiteur nocturne se tenait assis sur ses talons dans un coin de la cabane et chantait à mi-voix; le vieillard que j'avais guéri reposait à mes côtés sur la même natte.

Il me montra le ciel et me dit en espagnol:

—Le Grand-Esprit est là-haut: il veut que les méchants meurent et que les bons vivent; les méchants sont morts, le bon vivra.

Pendant trois mois que dura ma convalescence, l'Indien et ses deux enfants m'entourèrent de la sollicitude la plus vive.

Un matin que je revenais de la chasse dans la forêt où se trouvait la cabane du vieillard, la jeune fille de mon hôte, qui parlait un peu l'espagnol, accourut au devant de moi, belle de candeur et d'innocence.

—Simon, me dit-elle, je t'aime! veux-tu devenir le fils de mon père? Tu seras mon époux et mon maître.

—J'aime dans mon pays, lui répondis-je, et le coeur ne peut contenir deux amours vrais!

Elle se prit à pleurer et disparut dans la forêt.

Depuis cet entretien, elle ne se présenta plus à mes yeux, et se déroba constamment à mes efforts pour la voir. Quand je parlais de cette entrevue à son père et à son frère, ils me répondaient vaguement et avec les circonlocutions familières aux Indiens, qui savent, quand ils le veulent, mieux qu'aucune autre nation du monde, parler sans répondre.

Cependant, je n'en pouvais douter, la jeune fille vivait près de la demeure de son père. Chaque jour, comme d'habitude, notre nourriture était préparée de ses mains: je reconnaissais sa manière de disposer les fruits que nous trouvions servis sur nos nattes. Enfin mes fleurs favorites ornaient chaque jour la partie de la case qui m'était réservée.