Et je n'en pus tirer autre chose. A mes questions, il n'opposa que le silence et l'impassibilité naturelle aux Indiens.
Une demi-heure après, nous arrivions sur le bord d'une petite rivière où se trouvait, à gué, un radeau. Je reconnus sur ce radeau une grande provision d'écorce et des paniers de palmiers remplis d'or.
—On souhaite d'ordinaire à ses amis la santé et la fortune, dit le vieillard; moi, je te les donne! Que ne puis-je également te donner le bonheur!
Comme il achevait ces mots, son fils Toporoo s'élança sur le radeau et me fit signe de le suivre.
Le radeau se mit en mouvement. Le vieil Indien alluma son calumet, s'assit sur ses talons, et se sépara pour toujours de son fils, sans que je pusse distinguer ni sur les traits de mon compagnon, ni sur la physionomie de son père, une seule trace d'émotion.
Seulement, Toporoo chantait, en langue mexicaine et à mi-voix, une de ces chansons mystérieuses que vous lui entendez murmurer souvent. Toporoo est à la fois un prêtre renommé pour sa sainteté parmi les sauvages, et un poète dont ils admirent beaucoup les chants improvisés.
—Vous qui êtes jeunes, chères filleules, vous devriez étudier sous ce maître habile la langue mexicaine, dit Rubens. A votre place, continua-t-il, je voudrais me faire initier à la poésie de ces contrées sauvages, poésie pleine de naïveté et de grâce, autant que j'ai pu en juger d'après quelques traductions rapportées par des voyageurs.
—Dès ce soir, Toporoo sera mon maître! s'écria Agathe.
—Et le mien aussi! ajouta timidement Annetje.
C'était un tableau à la fois pittoresque et charmant que les groupes formés, en ce moment, par L'auditoire de Simon.