—N'importe! dit Agathe. Tu me reconnais, Bob; il faudra que je tourmente notre ami, pour qu'il apprenne aussi à me distinguer de ma soeur!

—Et pourquoi donc apprendrais-je à vous distinguer de votre soeur, méchante enfant? pour qu'au lieu de deux filleules je n'en aie plus qu'une?

—Oui, mais du moins elle sera réellement la vôtre! reprit Agathe.

—Voilà bien un propos de jeune fille! N'occupez vous point toutes les deux la même place dans ma tendresse? Mon coeur vous sépare-t-il l'une de l'autre, vous que Dieu a faites si semblables? Vous qui ne vous quittez jamais? Vous voudriez donc que, comme maître Bob, j'en aimasse l'une davantage et l'autre moins? Agathe, je suis sûr qu'Annetje ne pense point ainsi!

Annetje détourna la tête pour cacher les larmes qu'elle ne pouvait empêcher de couler sur ses joues.

—Voici déjà un heureux effet de vos paroles, Agathe! continua Simon: vous faites pleurer votre soeur! Allons! trêve à ces enfantillages; je ne saurais et je ne veux point vous reconnaître l'une de l'autre.

En achevant ces mots, il prit les deux soeurs par la main, les attira dans ses bras, et déposa sur le front de chacune d'elles le baiser qu'il leur donnait tous les soirs à son retour.

—Maintenant, fit-il, je ne saurais plus savoir laquelle de vous est
Annetje ou Agathe.

Par un mouvement aussi rapide qu'instinctif, Annetje appela maître Bob, qui s'était perché gravement sur une branche d'arbre pour regarder les jeux de son maître et des jeunes filles. Agathe montra du doigt sa soeur, et dit à Simon:

—Voici Annetje!