—Eh bien! messieurs, allons lui rendre visite, reprit Ferdinand.
Et, interrompant la marche du cortège, il se dirigea vers la demeure de Rubens avec une extrême vivacité et au milieu des acclamations de la foule, charmée de voir honoré si dignement le grand peintre dont elle était fière à tant de titres.
Arrivé devant l'hôtel de Rubens, Ferdinand jeta les rênes de son cheval à un page et, suivi des plus illustres seigneurs qui faisaient partie de son cortège, il se fit conduire à l'appartement de Rubens. Ce dernier, à l'aspect inattendu du prince, voulut se lever du fauteuil où il se tenait à demi-couché; Ferdinand l'arrêta, lui prit la main, et le forçant à se rasseoir:
—Chevalier Rubens, lui dit-il, nous sommes d'anciens amis! Je vous ai vu trop souvent à la cour de Madrid, pour n'avoir point apprécié votre noble caractère. Je reviendrai vous visiter, si votre santé ne vous permet point de m'honorer de votre société pendant mon séjour à Anvers. Aujourd'hui, je n'ai voulu que venir vous remercier de la fête admirable que vous avez inventée pour moi: j'appartiens, vous le savez, au programme de cette fête. Demain, je serai tout à l'ami.
Ferdinand tint parole, et le lendemain matin, vers neuf heures, sans suite, sans autre compagnie qu'un écuyer, il arriva chez Rubens, et visita avec lui la magnifique galerie de l'artiste: car l'émotion que lui avait causée la visite du frère du roi avait opéré une crise heureuse dans la santé de Rubens, et fait disparaître son accès de goutte.
Le prince avait annoncé en arrivant qu'il déjeunerait avec Rubens, et
Rubens, avec un tact exquis, n'invita à ce repas que le seul Simon van
Maast, qui entrait chez son ami au moment même de l'arrivée du prince.
—Monseigneur, dit-il à ce dernier, tandis que le médecin restait tout étonné de voir son malade debout et guéri, permettez-moi de présenter à votre Altesse Royale le docteur van Maast.
—Mynheer, interrompit le prince, je remercie le chevalier Rubens d'avoir prévenu mon désir. Comme je sais que vous ne sortez de chez vous que pour les malades qui ne peuvent venir vous trouver, je voulais aller requérir de vous une faveur.
—Une faveur! répéta van Maast en s'inclinant. Votre Altesse Royale sait que je suis humblement à ses ordres.
—Voici messire Rubens guéri: il me fera l'honneur d'assister demain à un banquet que je compte offrir à la noblesse et à la bourgeoisie de la bonne ville d'Anvers. Faites-moi le plaisir de l'accompagner. Je sais les grands services que vous avez rendus aux Pays-Bas pendant l'épidémie qui vient de ravager Anvers. Je connais votre désintéressement et votre savoir. Les Pays-Bas doivent être et sont fiers de posséder deux hommes tels que ceux dont je serre en ce moment la main.