Au même instant Hélène Rubens entra accompagnée de ses enfants, et ma foi, comme dit le vieux Driasdust, il faut bien l'avouer, on se mit à table.

Toutefois nous nous garderons de faire une description de ce déjeûner. Disons seulement qu'il fut digne de madame Hélène, qui l'avait ordonné, et que l'hospitalité flamande se déploya grande et glorieuse dans cette improvisation gastronomique, comme le fit observer le prince Ferdinand.

Quelque brillantes, quelque savamment ordonnées que soient de nos jours les fêtes publiques, peut-être restent-elles inférieures aux grandes solennités qui se célébraient dans les Pays-Bas au seizième siècle.

Le banquet offert à la cité d'Anvers par le prince Ferdinand eut lieu dans la citadelle, transformée en salle de festin. Des draperies immenses et aux couleurs des Pays-Bas couronnaient cette petite ville, et formant une tente de proportions inconnues jusqu'alors, abritaient quatorze cents tables.

Autour de ces tables, disposées en deux cercles, et laissant au milieu d'elles une sorte d'arène, on avait élevé des gradins dont les amphithéâtres s'élevaient à douze ou quinze pieds au-dessus du sol; enfin, au fond, sur une estrade recouverte de velours et surmontée d'un dais de même étoffe, chamarré de toutes parts de crépines et de galons d'or, on voyait la table destinée au prince, et dont le service ne se composait que de dix couverts.

Dès le point du jour, la partie de l'estrade destinée au populaire fut envahie par une foule empressée, joyeuse, revêtue de ses habits de fête, et qui poussa des cris de plaisir lorsqu'elle vit circuler, de quart-d'heure en quart-d'heure, des valets à la livrée du prince, chargés d'énormes paniers, et distribuant à ceux qui en voulaient, c'est-à-dire à tout le monde sans exception, des viandes froides et de la bière.

Cependant, les tribunes réservées aux dames de la noblesse et de la bourgeoisie s'étaient elles-mêmes remplies. Dame Thrée et ses filles vinrent occuper les places qui leur étaient assignées près de la femme du bourgmestre.

A midi sonnant, des fanfares se firent entendre, et le prince entra, suivi de trois mille convives invités au banquet.

Suivant l'usage, les héraults s'approchèrent du prince pour recevoir de sa bouche et proclamer ensuite les noms des convives qui devaient prendre place à sa table.

Le premier que nomma le prince fut le chevalier Pierre-Paul Rubens!