—Maintenant, à genoux, chevalier!
Et tirant son épée, il l'en frappa légèrement sur les deux épaules, lui passa au cou une magnifique chaîne d'or qu'il détacha du sien, et donna l'accolade à Simon.
Lorsque Simon releva la tête, ses premiers regards se tournèrent vers la tribune où se trouvait la famille Borrekens.
Dame Thrée, absorbée par la grande scène qui se passait sous ses yeux pleins de larmes, Thrée, éperdue de joie et d'amour, tendait les bras à Simon.
Elle ne voyait pas ses deux filles, pâles, mourantes et qui défaillaient à ses côtés.
Il fallut pourtant qu'elle revînt bientôt avec elles au logis. Ce que l'on ne croyait d'abord qu'une émotion passagère et bien naturelle avait pris un caractère grave. La fièvre s'était déclarée avec violence, et dans les paroles entrecoupées des pauvres enfants se montraient déjà quelques symptômes de délire.
Au milieu de la fête, Simon, prévenu par une lettre de Thrée, trouva moyen de quitter, sans être remarqué, la table du prince: ce fut au moment où le géant d'Anvers et sa femme entraient dans l'arène réservée au milieu des tables; tournant gravement leur tête de dix pieds de haut, et suivis de la baleine. Cette baleine est un monstre de carton et de toile, portée sur les roues d'un chariot recouvert de draperies qui tombent à terre. Sur le col de la baleine se tient un amour; dans son ventre se cachent une dizaine de Jonas occupés à faire mouvoir et à ne pas laisser manquer d'eau une pompe dont la lance sort par les évents du cétacé, et que dirige l'amour. De là des flots de peuple arrosés, des cris joyeux et des rires inextinguibles.
Disons, en terminant ce chapitre, que deux cents ans après la mort de Rubens, la ville d'Anvers élevait une statue à ce grand homme, et pour donner plus d'éclat à la solennité d'inauguration, renouvelait la fête dont Rubens avait inventé et exécuté le programme pour la joyeuse entrée du prince Ferdinand.
Cette fête n'eût point été complète sans les exhibitions naïves que nous venons de décrire; sans les géants d'Anvers, la baleine, les chaloupes et les autres accessoires de la vieille fête flamande.
Ces mannequins colossaux divertirent donc la ville à la grande satisfaction de la foule au dix-neuvième siècle, comme au dix-septième, le jour du banquet donné à la ville d'Anvers par le prince Ferdinand.