Seulement, le prince était oublié; le nom du peintre était plus populaire que jamais.

CHAPITRE XIII.

ANNETJE ET AGATHE.

Tandis que la fête continuait au milieu de l'enthousiasme des spectateurs à déployer ses pompes sans exemple jusqu'alors à Anvers, dame Thrée, assise au chevet de ses filles, s'efforçait de calmer la violence du mal qui les avait frappées et qu'elle attribuait aux émotions auxquelles Annetje et Agathe avaient été exposées imprudemment.

Lorsque Simon fut accouru près d'elles, il resta épouvanté de la violence d'un accès aussi peu prévu et du désordre qu'il avait déjà produit en peu de temps.

Après avoir attentivement étudié l'état des jeunes malades, il emmena Thrée dans la pièce voisine pour lui adresser quelques questions, et lui indiquer la nature des soins à donner aux enfants.

Annetje et Agathe n'avaient point échangé entre elles un seul mot depuis leur évanouissement.

Assises l'une près de l'autre sur l'estrade de la fête, leurs regards pleins de larmes attachés sur Simon, elles tremblaient à la fois de douleur et d'amour, en voyant combien était noble et grand l'objet de leur passion insensée.

Les yeux d'Agathe, en se portant avec jalousie sur Annetje, s'arrêtèrent sur sa mère. A cette vue, elle put à peine réprimer le cri prêt à sortir de sa poitrine, serra convulsivement la main de sa soeur, et folle, éperdue, d'un mouvement de la tête, lui montra Thrée, sur la belle physionomie de laquelle resplendissaient les caractères les moins incontestables de l'amour et les enivrements d'une joie sans bornes.

Annetje se cacha le visage dans ses mains, et toutes les deux elles perdirent connaissance.