—Méchantes, petites ingrates, qui doutez de votre mère! s'écria Thrée en les entourant encore davantage de ses bras, parlez et parlez vite!

—Ce que nous avons à vous dire, mère, est bien grave. Voici plusieurs mois que nous y réfléchissons. Nous avons prié, chaque jour, Dieu de nous éclairer.

—Mais parlez, parlez, au nom du Ciel! vous m'effrayez!

—Ma mère, nous voudrions consacrer notre vie au Seigneur; nous voudrions entrer en religion.

—Mais cela n'est pas possible! Vous me dites cela sans y avoir songé. Mes enfants! me quitter! Vous séparer de votre mère! Abandonner cette maison où vous êtes nées pour aller vous enfermer dans un cloître! Oh cela n'est pas possible!

—Notre premier devoir est de vous obéir, ma mère. La crainte de vous affliger nous avait empêchées jusqu'à ce jour de vous faire connaître la vocation que Dieu a mise dans notre coeur. Si nous vous l'avons confessée, c'est que vous nous l'avez ordonné, ma mère.

—Me quitter, m'abandonner! Comment une pareille idée a-t-elle pu vous venir? Oh! je mourrais de désespoir s'il me fallait me séparer de vous! Vous le savez bien! Allons, laissons-là ces idées folles! Que personne que moi n'en sache rien! Votre grand-père en mourrait de douleur, et Simon, celui que Dieu vous a donné pour remplacer votre père, Simon en serait aussi malheureux que moi.

—Rassurez-vous, ma mère, reprit Agathe avec fermeté, tandis qu'Annetje pleurait dans le sein de sa mère; rassurez-vous, nous serons ici les seules à souffrir.

—Mais ne me parlez donc point ainsi, je vous le demande à genoux, mes enfants! Ne pouvez-vous donc point servir le Seigneur dans le sein de votre famille aussi bien qu'au fond d'un cloître!

—Dieu nous a appelées à lui! murmura Annetje.