C'est encore dans ce livre du Ciel que nous apprendrons chacun des noms bénis de cette «légion de petites âmes» demandées par Thérèse, victimes comme elle de l'«Amour Miséricordieux», entraînées à sa suite dans sa «petite voie d'enfance spirituelle», voie de simplicité, de confiance et de paix dont l'Esprit-Saint a dit par la bouche du Prophète: «Il y a une route, une voie qu'on appelle la voie sainte, les simples même la suivront et ne s'égareront pas.» (Is., XXXV.)

O Thérèse, vous qui avez reçu de Dieu le don de comprendre si parfaitement cette «voie sainte», d'y marcher si fidèlement et d'y appeler si suavement les âmes; vous qui nous disiez sur votre lit de mort: «Je n'ai jamais donné au Bon Dieu que de l'amour, il me rendra de l'amour...», votre parole était une prophétie. Oui, nous en sommes les heureux témoins, le Seigneur vous rend de l'amour! Combien d'autels vous sont élevés dans les cœurs! et de quels ardents désirs ces cœurs qui vous aiment appellent le jour où se termineront heureusement les démarches qui doivent amener votre glorification sur la terre.

En effet, la cause de béatification de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, soumise à la Sainte Eglise en 1909, a déjà vu s'instruire, dans les premiers mois de 1910, le Procès diocésain des Ecrits. Le Procès dit de Réputation de Sainteté, commencé en août 1910, ayant été rapidement conduit, fut déposé à Rome en février 1912 et subit actuellement un examen préparatoire devant la Sacrée Congrégation des Rites.

Nous demandons humblement aux nombreux amis de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus de bien vouloir unir leurs prières aux nôtres, pour assurer le succès de cette œuvre entreprise uniquement pour la plus grande gloire de Dieu.

La Mère Prieure des Carmélites.
Monastère du Carmel de Lisieux,
dédié au Sacré-Cœur de Jésus et à l'Immaculée Conception.

INTRODUCTION

Au mois de septembre 1843, un jeune homme de vingt ans gravissait, pensif et rêveur, la cime élevée du Grand Saint-Bernard: son regard profond et mélancolique brillait d'un pieux enthousiasme. Les beautés majestueuses de cette nature grandiose des Alpes faisaient naître en son âme mille pensées généreuses; et son cœur, ardent et pur comme la neige éternelle des montagnes, ne pouvant plus contenir le flot toujours croissant de son amoureuse louange, il s'arrêta longtemps et versa des larmes... Puis, reprenant sa marche interrompue, il arriva bientôt au but de son voyage, au monastère béni qui, du haut de ce sommet dangereux, rayonne au loin comme un phare d'espérance et d'exquise charité.

Le vénérable Prieur, tout d'abord frappé de la beauté remarquable de son hôte, de l'expression loyale de ses traits, le reçut avec une particulière bienveillance. Il s'informa de sa famille, du lieu de sa naissance, et connut ainsi ses noms: Louis-Joseph-Stanislas Martin, né à Bordeaux le 22 août 1823[4], alors que son père, brave capitaine[5], type de foi, de vaillance et d'honneur, y était en garnison. Il sut que, depuis quelque temps, ses parents habitaient Alençon, dans la Basse-Normandie, et que là, présentement, Louis était chéri comme le benjamin de ses frères et sœurs, le préféré entre tous.