Marie-Louise, Marie-Pauline, Marie-Léonie, Marie-Hélène, morte à quatre ans et demi, Marie-Joseph-Louis, Marie-Joseph-Jean-Baptiste, Marie-Céline, Marie-Mélanie-Thérèse, morte à trois mois, Marie-Françoise-Thérèse.
Les deux enfants du nom de Joseph furent obtenus par la prière et les larmes. Après la naissance des quatre filles aînées, il fut demandé à Dieu, par l'intercession de saint Joseph, un petit missionnaire; et bientôt parut ici-bas, plein de sourires et de charmes, le premier Marie-Joseph. Hélas! il ne fit que se montrer à sa mère... Après cinq mois d'exil, il s'envolait au sanctuaire des cieux! Suivirent alors d'autres neuvaines, plus pressantes. A tout prix, il fallait obtenir à la famille un prêtre, un missionnaire. Mais «les pensées du Seigneur ne sont pas nos pensées, ses voies ne sont pas nos voies». Un nouveau petit Joseph arriva plein d'espérances; et neuf mois s'étaient à peine écoulés qu'il s'enfuyait de ce monde, et rejoignait son frère aux Tabernacles éternels.
Alors ce fut fini. On ne demanda plus de missionnaire. Ah! si, dès ce temps-là, le voile de l'avenir s'était soulevé un instant, quels élans de reconnaissance et de joie! Oui, malgré les apparences, le désir de ces chrétiens d'un autre âge était entièrement comblé; il l'était surtout dans leur dernière enfant, âme bénie, reine entre ses sœurs, choisie et privilégiée par excellence. N'a-t-on pas écrit d'elle avec vérité: «Thérèse est maintenant un remarquable missionnaire à la parole puissante et irrésistible, sa vie a un charme qui ne se perdra jamais; et toute âme qui se laissera prendre à cet hameçon ne restera ni dans les eaux de la tiédeur, ni dans celles du péché.».......
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Ses parents eux-mêmes ne sont-ils pas aussi devenus missionnaires?... Nous lisons aux premières pages de la traduction portugaise de l'«Histoire d'une Ame» cette touchante dédicace d'un pieux et savant religieux de la Compagnie de Jésus[7]:
A la sainte et éternelle mémoire de Louis-Joseph-Stanislas Martin et de Zélie Guérin, bienheureux parents de Sœur Thérèse de l'Enfant-Jésus, pour servir d'exemple a tous les parents chrétiens.
Bien loin de soupçonner cet apostolat futur, ils le préparaient cependant à leur insu par une vie toujours plus parfaite.
L'épreuve les visita bien des fois, mais une résignation pleine d'amour était leur seule réponse au Dieu, toujours Père, qui n'abandonne jamais ses enfants.
Chaque aurore les voyait au pied des saints autels. Ils s'agenouillaient ensemble au banquet sacré, observaient rigoureusement les abstinences et jeûnes de l'Eglise, gardaient avec une fidélité absolue le repos du dimanche et faisaient des lectures saintes leurs délassements préférés. Ils priaient en commun, à la façon touchante du vénérable aïeul, le capitaine Martin, qu'on ne pouvait, sans pleurer, entendre réciter le Pater.
Les grandes vertus chrétiennes brillaient à ce foyer. L'aisance n'y introduisait pas le luxe, on ne s'y départait jamais d'une simplicité toute patriarcale.