Elle avait pour compagne une vierge chrétienne qui vivait avec elle ; cette femme m’a raconté qu’un jour elle était en route avec Angèle. Je ne sais où elles allaient. Tout à coup, dans le chemin, voici la tête d’Angèle qui devient resplendissante, ses joues changent de couleur ; transfigurée par la joie, elle n’offre plus avec elle-même aucun trait de ressemblance. Ses yeux, plus grands qu’à l’ordinaire, étaient éblouissants à regarder. Sa compagne était une femme extraordinairement naïve, et qui, à cette époque, ne connaissait pas encore les coups de foudre de Dieu et les habitudes d’Angèle. Ignorant tout cela, cette bonne femme avait peur de rencontrer quelqu’un. Dans l’excès de sa naïveté, elle se couvrit elle-même la tête.

« Faites comme moi, disait-elle à Angèle ; couvrez-vous, couvrez-vous. Vous ne savez donc pas que vos yeux sont comme deux candélabres. » Et la pauvre femme se lamentait, se frappait la poitrine et disait : « Mais qu’est-ce donc, qu’est-ce donc qui vous est arrivé là ! Désormais cachez-vous aux hommes. Eh ! qu’est-ce donc que nous allons devenir !

— Ne craignez pas, répondit Angèle ; si nous rencontrons quelqu’un, Dieu veillera sur la rencontre. »

Sa compagne finit par s’habituer, car la transfiguration d’Angèle arrivait à tout instant. Un jour, je tiens ce fait de la même personne, Angèle était étendue et en extase. Son amie vit sur son côté une étoile magnifique, qui, sans être très grande, réunissait un nombre immense de couleurs éblouissantes. Puis elle lança des rayons d’une beauté inouïe, les uns très fins, les autres plus gros : ils sortaient du cœur d’Angèle, se repliaient vers lui, puis remontaient au ciel. Ce phénomène dura trois heures.

Quand Angèle était tourmentée par la tentation, ou saisie par les langueurs d’amour, elle pâlissait, elle séchait sur pied, elle faisait compassion.

Cette femme avait un corps débile.


Moi, frère Arnaud, après avoir écrit ce livre, je priai Angèle de demander à Dieu si je n’avais rien écrit de faux ou d’inutile. J’éprouvais le besoin que Dieu lui-même, dans sa miséricorde, me dît si je ne m’étais pas trompé.

Elle répondit :

« J’ai demandé plusieurs fois à Dieu si dans ce que j’ai dit et dans ce que tu as écrit il y avait mensonge ou inutilité. Or, voici quelle réponse me fut faite et quelle certitude me fut donnée : « Tout ce que j’ai dit, tout ce que vous avez écrit, tout cela est vrai ; il n’y a rien de faux, il n’y a rien d’inutile, mais il y a insuffisance. Les choses n’ont pas trouvé la perfection dans nos paroles. La hauteur et la douceur des visions ne pouvaient être renfermées dans le langage humain.