« Tout cela, avait dit le Seigneur, est selon ma volonté ; tout cela vient de moi, et je poserai mon sceau sur ce livre (Sigillabo). » Et comme Angèle ne comprenait pas ce mot : « Je poserai mon sceau », la voix reprit, et se servit d’un autre mot : « Je confirmerai ma parole (Firmabo). »

Moi, frère Arnaud, qui écrivais sous sa dictée, je répète que je n’ai rien ajouté, mais que j’ai beaucoup omis ; j’ai omis beaucoup de choses trop hautes pour entrer dans mon misérable entendement.

Par la volonté de Dieu, mon livre a été examiné par deux frères mineurs dignes de foi ; ils l’ont examiné dans la compagnie d’Angèle ; ils ont eux-mêmes entendu ce que j’ai écrit ; ils ont conféré de toutes ces choses avec Angèle elle-même afin d’avoir des renseignements plus certains. Un nouvel examen eut encore lieu plus tard. Ce fut le seigneur Jacques de la Colonne qui s’en chargea. Il prit pour l’aider huit frères mineurs fameux entre tous. Parmi eux il y avait des lecteurs, des inquisiteurs, des custodes. Ils étaient tous dignes de foi, modestes et spirituels. Pas un n’attaqua un seul mot du livre. Ils ne firent que vénérer humblement et embrasser tendrement.

J’engage le lecteur à ne pas s’étonner si les paroles ardentes de l’amour remplissent ce livre. La Sainte Ecriture en est pleine aussi. Le Cantique des Cantiques est là pour l’attester. Le lecteur sentira, d’ailleurs, qu’au milieu des transports et des sublimités, la grâce divine préserva si parfaitement Angèle de l’orgueil, que la hauteur des révélations approfondit l’âme de son humilité.

J’ai encore une observation à faire.

Angèle déclare plusieurs fois, au milieu des transports et des transformations, qu’elle est élevée pour toujours à un nouvel état de lumière, de joie et de délectation, et que cette joie sera éternelle.

Voici, je pense, dans quel sens il faut entendre ces paroles.

Une nouvelle illustration divine la constitue dans un état nouveau de transformation divine. Cet état est continuel. Elle entre dans une nouvelle lumière, dans un nouveau sentiment de Dieu. Elle entre dans une solitude qu’elle n’a pas encore habitée.

Bien que cette demeure soit permanente, et n’affecte pas la ressemblance d’un acte interrompu, cependant elle est susceptible d’accroissements toujours nouveaux, Angèle y trouve à chaque instant de nouvelles ardeurs, de nouvelles joies, de nouvelles impressions, des suavités nouvelles ; et cependant c’est toujours la même illustration qui dure, quant à son principe immuable. La transformation en elle-même n’est pas un acte passager, elle est continuelle comme une habitude ; mais des transports de plus en plus sublimes, des suavités, des illustrations et des visions de plus en plus hautes peuvent se produire en elle et par elle.

Frère ARNAUD