Il me fut alors donné une confiance parfaite, une espérance certaine, une sécurité sans ombre et sans obscurcissement, continuelle et garantie.

Dans le bien infini, qui m’apparut, dans la ténèbre, je me recueillis tout entière, et au fond je trouvais la paix, la certitude de Dieu avec moi, je trouvai l’Emmanuel.

Souvent je vois Dieu ainsi suivant le mode ineffable et sans la plénitude absolue, qui ne peut être ni exprimée par la bouche, ni conçue par le cœur. Dans le bien certain et secret, que j’aperçois avec une immense ténèbre, est enfouie mon espérance ; en Lui je sais et je possède tout ce que je veux voir et posséder, en Lui est le tout bien. Je ne puis craindre ni son départ, ni le mien, ni aucune séparation. C’est une délectation ineffable dans le bien qui contient tout, et rien là ne peut devenir l’objet ni d’une parole ni d’une conception. Je ne vois rien, je vois tout : la certitude est puisée dans la ténèbre. Plus la ténèbre est profonde, plus le bien excède tout ; c’est le mystère réservé. Ensuite je vois avec ténèbre que Celui qui est là, au-dessus de tout, surpasse jusqu’au bien absolu. Et tout le reste est ténèbre, et tout ce qu’on peut penser est tout petit à côté.

Faites attention. La divine puissance, sagesse et volonté, que j’ai vue ailleurs merveilleusement, paraît moindre que ceci.

Celui-ci c’est un tout ; les autres, on dirait des parties ; les autres, quoique inénarrables, donnent une joie qui rejaillit dans le corps.

Mais quand Dieu paraît dans la ténèbre, ni rire, ni ardeur, ni dévotion, ni amour, rien sur la face, rien dans le cœur, pas un tremblement, pas un mouvement. Le corps ne voit rien les yeux de l’âme sont ouverts. Le corps repose et dort, la langue coupée et immobile toutes les amitiés que Dieu m’a faites, nombreuses et inénarrables, et ses douceurs et ses dons, et ses paroles et ses actions, tout cela est petit à côté de Celui que je vois dans l’immense ténèbre et si tout me trompait, il me resterait la paix suprême, à cause de l’immense ténèbre où repose le tout bien.

A l’altitude ineffable de voir Dieu dans l’immense ténèbre, mon âme fut ravie trois fois. Je l’ai vu mille fois avec ténèbre, mais trois fois seulement dans l’obscurité suprême. Mon corps est travaillé par les infirmités ; le monde me poursuit avec ses épreuves et ses amertumes ; les démons m’affligent et me persécutent presque continuellement ; ils ont puissance sur moi. Dieu leur a permis d’affliger mon âme et mon corps, et je vois presque matériellement les assauts qu’ils me livrent.

De l’autre côté Dieu m’entraîne à lui, par le bien suprême que je vois dans la nuit noire. Dans l’immense ténèbre, je vois la Trinité sainte, et dans la Trinité, aperçue dans la nuit, je me vois moi-même, debout, au centre.

Voilà l’attrait suprême, près de qui tout n’est rien, voilà l’incomparable.

Mes paroles me font l’effet d’un néant ; qu’est-ce que je dis ? mes paroles me font horreur, ô suprême obscurité ! mes paroles sont des malédictions, mes paroles sont des blasphèmes. Silence ! silence ! silence ! silence ! Quand j’habite dans l’ombre noire, je ne me souviens plus de l’humanité de Jésus-Christ, du Dieu-homme, ni de quoi que ce soit qui ait une forme. Je vois tout et je ne vois rien.