Il y a encore un autre saint qui pourrait me dire un mot de la Passion.
Et je criai dans mon délire :
« Tout ce qu’on dit de cette Passion, tout ce qu’on raconte, tout cela n’est rien près de ce qu’a vu mon âme. Et je ne peux pas beaucoup plus que les autres la dire comme je l’ai vue. J’ai vu dans ma vision, trois fois épouvantable, que la Mère des douleurs, bien qu’elle ait plongé dans la Passion plus à fond que tout autre saint, plus à fond que le disciple aimé, j’ai vu de mille manières, qu’elle est incapable de raconter la chose comme elle est ; le disciple bien-aimé en est incapable aussi.
Et si quelqu’un me racontait la Passion telle qu’elle fut, je lui répondrais : C’est toi, c’est toi qui l’as soufferte !! !
Cette vision me fit faire connaissance avec les douleurs que je ne connaissais pas. Je commençai à souffrir ce que je n’avais pas souffert.
Je ne sais pas comment mon corps ne tombe pas par morceaux. Ce souvenir m’interdit la légèreté ; j’ai perdu depuis ce jour une certaine disposition d’âme ; ayant su ce que c’était que l’infirmité totale, les jours se sont écoulés sans m’apporter les joies qu’ils m’apportaient jadis.
TRENTE ET UNIÈME CHAPITRE
LE CALVAIRE
Une autre fois encore, la douleur de Jésus-Christ fut mise devant mes yeux. Ni la langue ne suffit pour dire ce que j’ai vu, ni le cœur pour le sentir. Tout sentiment me devient impossible, excepté le sentiment d’une douleur sans exemple dans ma vie. Et je fus transformée en douleur.
Et mon âme vit dans l’âme du Christ quelques-unes de ses douleurs avec leurs causes.
Cette âme était sans tache, absolument sainte, et ne devait, quant à elle, jamais connaître le châtiment.