Le moment de la communion approchait, et j’entendis :
« Le Fils de Dieu est maintenant sur l’autel, et selon son humanité et selon sa divinité. La multitude des anges est unie à lui. »
Je désirai voir, et je vis. Je ne voyais Jésus sous aucune forme ; mais je voyais une plénitude et une beauté ; je voyais le souverain Bien.
« O bien-aimée, dit la voix, tu seras ainsi devant lui pendant l’éternité. »
Je renonce encore une fois à raconter ma joie.
Depuis peu, quand je communie, l’hostie s’étend dans ma bouche ; elle n’a ni la saveur du pain, ni celle d’aucune chair connue ; mais une certaine saveur de chair inconnue, saveur très prononcée et délicieuse, qui ne peut se comparer absolument à rien. L’hostie n’est pas dure comme autrefois, et ne descend pas par fragments, suivant l’ancienne habitude. Mais elle reste entière, et sa suavité est tellement divine que, si on ne m’avait recommandé de l’avaler sans tarder trop, je la garderais longuement dans ma bouche. Et elle descend tout entière, et elle a la saveur inconnue dont j’ai parlé, sans en rien dire. Quand elle descend, elle me donne un plaisir inexprimable, qui se manifeste même au dehors. Mon corps tremble, et l’immobilité m’est extrêmement difficile.
Maintenant, quand je fais le signe de la croix, quand je porte la main au front, disant : Au nom du Père, je ne sens rien de nouveau. Mais quand je porte la main à la poitrine, disant : Et du Fils, j’éprouve un tel amour et une telle joie, qu’il se révèle et que je le sens là.
Sans ordre, je n’aurais ni dit, ni permis d’écrire, ni tout le reste, ni ceci.
QUARANTE ET UNIÈME CHAPITRE
L’AUTEL DES ANGES
C’était la fête des Anges. J’étais malade, je voulais communier. Il n’y avait personne pour m’apporter la communion. Ma tristesse était immense. Tout à coup, au plus profond de ma douleur et de mon désir, je fus portée en esprit à considérer la louange éternelle des anges, et leur office sublime, et leur assistance et leur ministère. Et voici que je fus ravie, et la multitude immense des anges m’apparut, et ils me conduisirent près d’un autel, et ils me dirent : « Voici l’autel des Anges. » Et sur l’autel ils me montrèrent la louange des Anges, c’est-à-dire Celui-là qui est leur louange, et la louange universelle, et la louange elle-même. Et les anges dirent à mon âme : « Dans Celui qui est sur l’autel est la perfection et le complément du sacrifice que tu cherches. Prépare-toi donc à le recevoir. Tu as déjà au doigt l’anneau de son amour ; déjà tu es son épouse. Mais l’union qu’il veut contracter aujourd’hui avec toi est une union nouvelle ; c’est un mode d’union que personne ne connaît. »