QUARANTE-CINQUIÈME CHAPITRE
LE 2 FÉVRIER

C’était le jour de la Purification de la Vierge. J’étais à Foligno, dans l’église des Frères Mineurs. Et la voix parla, elle me dit : « Voici l’heure où Marie, Vierge et Reine, vint au temple avec son Fils. »

Mon âme écouta avec un grand amour, et, ayant écouté, elle fut ravie ; et dans son ravissement elle vit entrer la Reine, et elle alla au-devant d’elle, tremblante de respect. J’hésitais pourtant ; je craignais d’approcher. Elle me rassura, et tendit vers moi Jésus, et me dit : « O toi qui aimes mon Fils, reçois celui que tu aimes. » Elle le déposa dans mes bras ; il était enveloppé de langes ; il avait les yeux fermés comme dans le sommeil.

La Reine s’assit, comme une femme fatiguée. Ses gestes étaient si beaux, son attitude si merveilleuse, sa personne si noble, sa vue si sublime, que mes yeux ne pouvaient se fixer sur Jésus seul, et étaient forcés de regarder sa mère. Tout à coup l’enfant s’éveilla dans mes bras : ses langes étaient tombés, il ouvrit et leva les yeux. Jésus me regarda ; dans ce coup d’œil il me surmonta, il me vainquit absolument. La splendeur sortait de ses yeux, et sa joie brillait comme une flamme aveuglante.

Alors il apparut dans sa majesté immense, ineffable, et il me dit :

« Celui qui ne m’aura pas vu petit ne me verra pas grand. » Il ajouta : « Je suis venu à toi, et je m’offre à toi pour que tu t’offres à moi. »

Alors mon âme s’offrit à lui par un mode d’oblation étonnant, sans rapport avec les paroles : je m’offris tout entière : j’offris mes fils avec moi d’une oblation entière et parfaite, ne gardant rien pour moi, rien de leurs personnes, et rien de leurs choses.

Mon âme eut l’intelligence de son oblation bien reçue, et la joie de Dieu, en l’agréant, ne me resta pas inconnue. Quant à la mienne, je n’essaierai pas d’en dire un mot. Quand je sentis mon oblation agréée, la délectation intime que j’éprouvai fut trop grande, trop immense et trop douce pour que la parole approche d’elle. Une autre fois je vis la Vierge ; elle m’exhorta à la connaître plus profondément elle me bénit, et me montra la douleur qu’elle souffrit pendant la Passion.

QUARANTE-SIXIÈME CHAPITRE.
L’EMBRASSEMENT

Un jour je fus ravie en esprit ; attirée, élevée, absorbée dans la lumière sans commencement ni fin, je voyais ce qui ne peut se dire. Pendant cette influence, l’image de l’Homme-Dieu m’apparut encore, à l’instant de la descente de croix. Le sang était récent, frais, rouge ; il coulait des blessures ouvertes ; il venait de sortir du corps. Alors dans les jointures je vis de tels déchirements, je vis les nerfs tellement étendus, et les os tellement disloqués par l’effort des bourreaux, qu’un glaive me traversa, et mes entrailles furent percées ; et, quand je me souviens des douleurs que j’ai subies dans ma vie, je n’en trouve pas une qui soit égale à celle-ci.