« Plus tu te crois abandonnée, plus tu es aimée de Dieu et serrée contre lui. »

Il ajouta :

« Un père qui aime beaucoup son fils, lui donne avec mesure les aliments, il lui interdit le poison, et mêle de l’eau à son vin. Ainsi Dieu : il mêle les tribulations aux joies, et dans la tribulation, c’est encore lui qui les tient. S’il ne la tenait pas, l’âme s’abandonnerait et tomberait en défaillance ; au moment où elle se croit abandonnée, elle est aimée plus qu’à l’ordinaire. »

Ces paroles ne m’en levèrent pas ma douleur, elles ne firent que la modifier un peu. Seulement le désir des sacrements, qui m’avait abandonné, me fut rendu.

Au bout de quelque temps, la tentation me fut enlevée totalement.

Alors j’entendis une voix qui me disait :

« Va communier. Si tu le fais, tu me reçois ; si tu ne le fais pas, tu me reçois encore. Cependant communie avec la bénédiction du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Communie en l’honneur du Dieu tout-puissant et de la Vierge bienheureuse et du saint don, tu célèbres la fête (c’était ce jour-là saint Antoine). Tu recevras une grâce nouvelle que tu n’as pas encore reçue. »

La volonté de communier m’ayant été rendue, je me confessai ; mais, pendant la messe, je me vis si horriblement pleine de péchés et de défauts, que, réduite au silence, je me dis intérieurement : La communion que je vais faire sera ma condamnation.

Mais tout à coup, je me trouvai dans une disposition admirable, et je reçus la puissance d’entrer dans l’intérieur de Jésus-Christ ; je me plaçai au fond de lui avec une sécurité nouvelle, je sentais une confiance inconnue. Je me renfermai en lui comme une morte qui aurait la certitude admirable d’être immédiatement ressuscitée. Je communiai dans la confiance et, après la communion, j’eus un sentiment merveilleux : je sentis que la tentation avait été un bien pour moi. Cette communion fit naître dans mon âme un désir nouveau de me donner toute à Celui qui se donnait tout à moi, de me livrer à Jésus-Christ. Et depuis ce moment, je suis brûlée d’un feu nouveau ; c’est le désir du martyre : ce désir fait mes délices, et j’éprouve dans les tribulations des joies que je n’avais pas encore connues.

Oui, Dieu console les misérables.