Une âme est dans la voie de l’amour sans mélange ; elle sent Dieu ; ses mains sont pures, son cœur est pur ; elle renonce à l’estime du siècle elle renonce à passer pour sainte ; elle veut plaire tout entière au Christ seul ; elle se place tout entière dans le Christ, elle habite en lui elle éprouve la joie inénarrable, elle sent l’embrassement de Dieu.

Oh ! qu’elle rende alors à elle-même ce qui est à elle-même, et à Dieu ce qui est à Dieu Autrement Dieu permet qu’elle se trompe, il le permet pour la garder, il le permet pour qu’elle ne lui échappe pas ; car il l’aime d’un amour jaloux ; il la plonge dans un abîme où elle trouve deux sciences, la science d’elle-même et la science de Dieu ; c’est ici qu’il n’y a plus de place pour l’erreur ; l’âme voit la vérité pure. Dans cette contemplation, elle éprouve une plénitude telle, qu’elle ne se voit pas capable d’un plus immense ravissement. Absorbée d’abord dans la vue d’elle-même, elle se ferme à toute autre pensée, à tout autre souvenir.

Tout à coup la bonté divine lui apparaît. Puis elle voit simultanément les deux abîmes, et le mode de sa vision est un secret entre elle et Dieu.

Mais ce n’est pas tout. Dieu, qui est jaloux, lui permet encore les tribulations.

CINQUANTE-CINQUIÈME CHAPITRE
LA PAUVRETÉ D’ESPRIT

Il y a une sauvegarde qui enlève toute place à l’illusion. Cette sauvegarde, c’est la pauvreté d’esprit. Un jour, j’entendis une parole divine qui me recommanda la pauvreté d’esprit comme une lumière, et comme un bonheur qui passe toutes les conceptions de l’entendement humain.

Voici ce que dit le Seigneur :

« Moi, si la pauvreté n’eût pas été si heureuse, je ne l’aurais pas aimée ; et si elle eût été moins glorieuse, je ne l’aurais pas prise. Car l’orgueil ne peut trouver place qu’en ceux qui possèdent ou croient posséder. L’homme et l’ange tombèrent, et tombèrent par orgueil car ils crurent posséder. Ni l’homme ni l’ange ne possèdent rien. Tout appartient à Dieu. L’humilité n’habite qu’en ceux qui se voient destitués de tout. La pauvreté d’esprit est le bien suprême. »

Dieu a donné à son Fils, qu’il aimait une pauvreté telle, qu’il n’a jamais eu et n’aura jamais un pauvre égal à lui. Et, cependant, il a pour propriété l’Etre. Il possède la substance, et elle est tellement à lui, que cette appartenance est au-dessus de la parole humaine. Et cependant Dieu l’a fait pauvre, comme si la substance n’eût pas été à lui.

Ceci est folie aux yeux des pécheurs et des aveugles. Les sages nomment la même chose d’un autre nom. Cette vérité est si profonde, la pauvreté est si réellement la racine et la mère de toute humilité et de tout bonheur, que l’abîme où je vois cela ne peut se décrire. Le pauvre ne peut ni tomber ni périr par illusion. L’homme qui verrait le bien de la pauvreté, l’amour de Dieu tomberait sur lui ; si vous considériez l’immense valeur de ce trésor, et comment il attira le cœur de Dieu, vous ne pourriez plus rien garder de périssable ni rien avoir en propre, rien.