Tel est l’enseignement de la divine Sagesse qui montre à l’homme ses vides, sa pauvreté, qui le présente à lui-même dans un miroir sans mensonge, destitué de tout mérite et de tout bien ; puis qui lui donne le don de la lumière, et avec la lumière, l’amour de la pauvreté. Puis l’âme voit la divine bonté, et ne trouvant rien à aimer en elle-même, elle se tourne tout entière à aimer le Dieu tout-puissant ; elle fait comme elle aime, ayant perdu toute confiance en elle, et pris toute confiance en Dieu, et dans cette confiance elle trouve l’illumination, par laquelle est chassé le doute. Qui posséderait cette vérité serait inaccessible à toute illusion diabolique ou humaine ; car l’esprit de pauvreté éclaire l’âme d’une lumière immense, et à cette lumière toute la vie lui apparaît, avec tout son mécanisme, et l’illusion est impossible.
J’ai vu cette lumière, j’ai vu que la pauvreté, mère des vertus, sort la première des lèvres de la divine Sagesse. La divine Sagesse nous a dit par l’incarnation du Verbe : « Vous êtes mortels » ; par la pauvreté d’esprit elle nous dit : « Vous êtes bienheureux. »
C’est pourquoi toute sagesse humaine qui n’entre pas dans cette vérité est un néant qui conduit en enfer. Et tous les sages du monde, s’ils n’entrent pas dans cette vérité, sont des néants qui vont en enfer. Et quand l’âme voit cette vérité, elle agit sans vaine gloire, et sans retour sur elle-même.
CINQUANTE-SIXIÈME CHAPITRE
L’EXTASE
Tout ce que l’âme conçoit ou saisit lorsqu’elle est renfermée dans ses étroites limites, n’est rien auprès du ravissement. Mais quand elle est élevée au-dessus d’elle-même, illustrée par la présence de Dieu, quand Dieu et elle sont entrés dans le sein l’un de l’autre, elle conçoit, elle jouit, elle se repose dans les divins bonheurs qu’elle ne peut raconter. Ils écrasent toute parole et toute conception. C’est là que l’âme nage dans la joie, dans la science ; illustrée à la source de la lumière, elle pénètre les paroles obscures et embarrassantes de Jésus-Christ. Elle comprend aussi pourquoi, et de quelle manière la douleur sans adoucissement habita l’âme du Christ.
Mon âme, ainsi illustrée, et transformée en Jésus-Christ souffrant, chercha s’il y avait là quelque adoucissement, et trouva qu’il n’y en a point. Quand mon âme se recueille dans les douleurs de l’âme du Christ, elle ne trouve là aucune place pour la joie : il n’en est pas ainsi quand elle se recueille dans les douleurs de son corps : dans ce dernier cas, elle trouve la joie après la tristesse, et à la hauteur où elle est portée, elle découvre le mystère de ces contrastes. Mon âme voit, à cette lumière, que Jésus-Christ souffrit autant, à l’expérience près, dans le sein de sa mère que sur la croix. Mon âme plonge alors dans les jugements de Dieu et dans les secrets de l’ineffable, vers lesquels Dieu la transporte. Souvent Dieu fait de tels prodiges dans mon âme que je le reconnais dans mes merveilles intérieures ; car aucune créature n’en est capable, et Lui seul peut les opérer.
Souvent mon âme est élevée en Dieu à de si foudroyantes joies que leur durée serait intolérable au corps qui laisserait là sur place ses sens et ses membres. Il y a un jeu que Dieu joue quelquefois dans l’âme et avec l’âme, c’est de se retirer, quand elle veut le retenir ; mais la joie et la sécurité qu’il laisse en se retirant disent à l’âme : « C’était bien Lui ! » Oh ! Quelle vue et quel sentiment ! Ne me demandez ni explication, ni analogie ; il n’y en a pas. Cette illustration, cette jouissance, cette délectation, cette joie sont chaque jour différentes d’elles-mêmes.
Chaque extase est une extase nouvelle, et toutes les extases sont une seule chose inénarrable. Les révélations et les visions se succèdent sans se ressembler. Délectation, plaisir, joie, tout se succède sans se ressembler. Oh ! ne me faites plus parler. Je ne parle pas, je blasphème ; et si j’ouvre la bouche, au lieu de manifester Dieu, je vais le trahir.
CINQUANTE-SEPTIÈME CHAPITRE
CONNAISSANCE DE DIEU ET DE SOI
Je suis une aveugle, je vais dans les ténèbres. La vérité n’est pas en moi. Suspectez, ô mes enfants, les paroles de cette pécheresse, et ne les suivez que quand elles ressemblent aux vestiges de Jésus-Christ et placent vos pieds dans l’endroit où il a mis les pieds.