La seconde et la troisième sont les dons de la grâce. La seconde, dans le domaine de l’imperfection, la troisième, dans le domaine de la perfection, peuvent s’appeler la sagesse. C’est elle qui enseigne à l’âme le gouvernement de l’amour. C’est elle qui règle dans l’âme les mouvements du feu divin, lui assurant la durée, la persévérance et le secret. Elle interdit au visage et au corps toute indiscrétion dans la tenue et dans le geste. C’est elle qui enseigne à l’amour du prochain la maturité, réglant les lois, la mesure et les heures de la condescendance. C’est l’union divine qui fournit la sagesse, la maturité, la gravité, la discrétion savoureuse, et cette lumière révélatrice qui protège l’amour contre la précipitation et l’illusion.
Si vous ne vous sentez pas en vous l’infusion de cette sagesse, défiez-vous de vos entrailles au moment où elles vous emportent vers un ami, ou vers une amie ; la bonne intention qui vous a unis pour la prière, en vue de Dieu, n’est pas une garantie pour tous les périls.
Celui-là seul peut s’unir sans crainte qui a conquis la science et la puissance de se séparer de tout, à l’instant, s’il le veut.
Pour comprendre les lois de la sagesse appliquées au gouvernement de l’amour, il faut connaître les différentes propriétés de celui-ci.
Au commencement de l’amour, l’âme subit un attendrissement, puis une faiblesse, ensuite la force.
Quand l’âme commence à sentir le feu divin, il s’élève de son fond une clameur et une rumeur. C’est à peu près ce qui arrive aux pierres dans la fournaise, quand on veut les réduire en chaux. Au premier contact du feu, elles crient ; mais quand la réduction est opérée, elles s’apaisent et se taisent. Ainsi l’âme cherche au commencement les consolations divines ; à leur défaut, l’âme s’attendrit, crie contre Dieu, et se lamente : « Pourquoi me traitez-vous ainsi ? Oh ! pourquoi cette langueur ? etc. » L’audace de l’âme naît d’une sécurité secrète qu’elle tire du Dieu qu’elle accuse.
Dans cet état les consolations la contentent.
Dieu porte à l’âme un amour qui ressemble à un amour créé ; il lui prodigue, avec ses caresses, d’étonnantes et ineffables consolations que l’âme ne doit pas demander avec importunité. Ne les méprisez pas, si Dieu les donne ; car elles sont votre nourriture, elles vous excitent à le poursuivre, et écartent de vous l’ennui. C’est par elles que l’âme est portée vers la transformation, vers la recherche incessante du Bien-Aimé ; quelquefois aussi l’amour croît par leur absence, et commence à chercher le Bien-Aimé lui-même. Si elle ne l’a pas, elle sent sa faiblesse, et ne se contentant plus des consolations, elle cherche la substance de Celui qui les donne, et plus elle s’abîme dans les joies qui viennent de lui, plus elle languit et gémit dans son amour croissant, parce que ce qu’il lui faut, c’est la présence de Dieu lui-même.
Mais quand l’âme unie à Dieu est établie sur la vérité, qui est son siège, on n’entend plus ni cris, ni plaintes, ni attendrissement, ni affaiblissement. L’âme se sentant indigne de tout bien et de tout don, et digne d’un enfer plus affreux que celui qui existe, est établie dans une maturité, dans une sagesse admirable, dans l’ordre, dans la solidité, dans une force qui affronterait la mort par la vertu de l’amour, et elle possède dans toute la plénitude dont elle est capable.
C’est Dieu lui-même alors qui grandit l’âme, pour la rendre capable de ce qu’il veut poser en elle.