Et elle voit que Dieu seul est, et que tout n’est rien, excepté en lui et par lui.

Alors, par comparaison, elle regarde comme rien les magnificences qu’elle a dépassées, et toute créature, et la mort, et la faiblesse, et l’honneur, et le blâme, et dans l’énormité de sa paix suprême, perdant les désirs tels qu’elle les avait, et son action propre, celle qu’elle exerçait, elle se tient fondue en Dieu.

Et alors elle voit si profondément, dans la lumière divine, la majesté de l’ordre, que rien ne la trouble plus, pas même l’absence de Dieu.

Et, à force d’être conforme à lui, elle ne le cherche plus s’il s’absente ; mais, contente de lui, elle remet entre ses mains l’ordre universel.

Mais à l’instant où cesse la vision, qui n’est pas habituellement continuelle, un désir de feu surgit au fond de l’âme, et ce feu la pousse à faire sans peine les œuvres de pénitence, avec une puissance qu’elle ne se connaissait pas : car cet état est plus sublime que tout ce qu’elle a vu. Cet amour de feu est parfait, et pousse l’âme à l’imitation de Jésus crucifié, qui est la perfection de la perfection. Sa Passion a duré autant que sa vie. Elles ont commencé, continué et fini ensemble. Il fut toujours sur la croix de douleur, de pauvreté, de mépris, d’obéissance et de pénitence. Et, parce que l’amour veut ressembler et plaire, celui qui aime l’Homme-Dieu Jésus-Christ veut lui ressembler et lui plaire, et s’assimiler sa vie.

Plus la perfection grandit, plus l’âme veut suivre ses exemples et ses préceptes, et éviter entre elle et lui tout désaccord. Et il faut continuer toujours, car l’Homme-Dieu n’a jamais quitté la croix de la pénitence. Sa mesure doit être la vôtre : il vous demande toute votre vie. Quant à la grandeur de votre pénitence, c’est la direction qui doit la déterminer. La transformation de l’âme en volonté divine ne se prouve pas par des paroles, mais par des actes et ressemblances.

Mais quand l’âme transformée en Dieu même habite dans son sein, quand elle a atteint l’union parfaite et la plénitude de la vision, alors elle se repose dans la paix qui passe tout sentiment. Puis quand l’âme revient à elle-même, elle fait un nouvel effort pour opérer une nouvelle transformation qui la ramène à la volonté divine, et celle-ci à la vision.

Tant qu’elle est dans les actes de pénitence, dans le domaine crucifiant de la transformation volontaire, elle imite Jésus-Christ.

La vision dont j’ai parlé est la force qui dirige l’amour de Dieu et du prochain. C’est là que l’âme voit l’être de Dieu, et comment toute créature tire son être de Celui qui est l’Etre. Et elle voit que rien n’existe qui ne tire de lui son existence. Introduite dans la vision, l’âme puise à la source vive une sagesse admirable, une science supérieure aux paroles, une gravité forte ; elle arrache à la vision son secret ; elle voit la perfection de tout ce qui vient de Dieu, et perd la faculté de contredire, parce qu’elle voit dans le miroir sans mensonge la sagesse qui créa. Elle voit que le mal vient de la créature, qui a détruit ce qui était bien. Cette vision de l’Essence très haute excite dans l’âme un amour de correspondance, et l’Essence nous invite à aimer tout ce qui tient d’elle l’existence, toute vérité, toute justice, toute créature raisonnable ou irraisonnable pour l’amour d’elle-même ; l’Essence nous pousse à aimer tout ce qu’elle aime, tout ce à quoi elle ordonne d’être. Avant tout, les créatures raisonnables, et, parmi celles-ci, les bien-aimées de l’Essence. Et quand elle voit l’Essence s’incliner par amour vers les créatures, l’âme imite ce mouvement, s’inclinant comme elle s’incline, dans la même mesure et du même côté.

Les amis du Père portent un signe, c’est qu’ils suivent son Fils unique. Les yeux de leur âme sont tendus vers le Bien-Aimé ; ils sont en quête de leur transformation ; tout entiers et totalement ils veulent être fondus dans la volonté de Celui qu’ils aiment, et c’est le Fils unique du Père.