Et son portrait, indigne fable,
Est l'œuvre d'un esprit jaloux;
Cœur sans fard, elle était aimable
Et belle comme vous.
Sur elle en vain la calomnie
Verse ses poisons odieux;
C'est une femme de génie,
Et la fille des dieux!
Fier, un grand peuple, dans l'ivresse,
L'élève au rang des immortels,
Et l'encens, dans toute la Grèce,
Brûle sur ses autels.
Elle aima d'un amour sublime,
Elle aima comme un noble cœur;
Aimer ainsi, loin d'être un crime,
Pour elle est un honneur.
Seule, l'amitié vive et tendre
Exalta son âme de feu...
Faut-il, hélas! pour la comprendre,
Être inspiré d'un dieu?
Ah! si Sapho, brisant sa chaîne,
Revenait du séjour des morts,
Sa lyre, pour vous, de la Seine
Viendrait charmer les bords.
Mais, changeant la corde amoureuse
Qui vibrait jadis pour Vénus,
Combien elle serait heureuse
De chanter vos vertus!
Sapho, la gloire de la Grèce,
A vos pieds dépose ces fleurs...
Des divinités du Permesse
Les Grâces sont les sœurs.
PRÉFACE.
Je dirai peu de mots sur la vie de Sapho. Elle naquit à Mitylène, dans l'île de Lesbos, et vécut dans le sixième siècle avant l'ère vulgaire. Je ne rechercherai point quels furent ses parents. A toutes les destinées des grands noms de l'antiquité, il se mêle toujours quelque événement merveilleux, le plus souvent absurde ou ridicule; nous sommes dans un siècle un peu plus positif.