Je compare les fragments épars de Sapho aux débris d'une statue mutilée gisants çà et là sur le sol. Chacun de ces débris excite notre admiration, mais il fait naître aussi dans notre esprit un vif sentiment de regret; la valeur de ces débris serait bien plus précieuse si un art habile pouvait les réunir. Enfin un artiste hardi, et heureusement inspiré, se met à l'œuvre; il recueille, il rassemble tous ces débris séparés; des doigts rompus il forme une main; il ajoute cette main à un bras, il attache ce bras au corps; ainsi des autres membres; et peu à peu il voit, comme par enchantement, surgir un chef-d'œuvre: il a donné la vie à une statue, il a créé la Vénus de Praxitèle.


Quant au texte, j'ai mis à contribution tous les commentateurs, Wolf, Brunck, Schneider, Van Reenen et le savant Boissonade, qu'on ne peut se dispenser de consulter quand il s'agit des lyriques grecs.

LES POÉSIES DE SAPHO DE LESBOS.

A SAPHO.

Quel doux parfum de poésie,
Sapho, s'exhale de ton sein!
As-tu dérobé l'ambroisie
Dans le banquet divin?

Aux traits brillants de ton génie
Tu sais unir, avec bonheur,
La voluptueuse harmonie
De ton luth enchanteur!

L'amour qui t'enivre et t'enflamme,
Qui te transporte dans les cieux,
C'est le tendre soupir d'une âme
Qui monte vers les dieux.

Dans tes accents quelle puissance,
Sapho! les Grâces sont tes sœurs;
On dirait que tu pris naissance
Dans un bouquet de fleurs.

Que de fois, dans son sein qui gronde,
La mer a vu changer ses flots,
Depuis que dans la nuit profonde
Tu goûtes le repos!