—Non, non, mère Concenza, disait-il, continue comme tu en as l'habitude! Les saints te connaissent déjà. Ils savent ce que tu vaux.
Alors elle aussi se mettait à rire, en disant:
—Tu as raison, en effet. Ça ne vaut pas la peine de faire des simagrées devant le bon Dieu!
Dès le début de la maladie du pape la signora Concenza eut à prendre sa part de la désolation générale. D'elle-même elle n'aurait certainement pas eu l'idée de s'inquiéter d'un tel événement, mais quand son fils vint la voir, elle n'arriva ni à le faire goûter le moindre morceau ni à lui arracher le plus faible sourire, bien qu'elle débordât de saillies et d'histoires amusantes. Elle s'effraya naturellement et demanda ce qui se passait.
—Le Saint-Père est tombé malade, répondit le fils.
Pour commencer, elle ne voulut pas croire que ce fût là le seul motif de sa tristesse. Évidemment, c'était malheureux, mais elle savait bien que si un pape mourait, on en aurait immédiatement un autre. Elle rappela à son fils qu'ils avaient regretté également le bon Pio Nono. Et voilà que celui qui lui avait succédé avait été un pape bien plus grand encore. Probablement les cardinaux réussiraient à leur trouver un nouveau souverain tout aussi saint et tout aussi sage que l'autre.
Le prêtre se mit alors à lui parler du pape. Il ne se souciait pas de la mettre au courant de ses actes de souverain, mais il lui raconta de petites histoires sur ses années d'enfance et de jeunesse. Même sur des années de simple prêtrise il y avait des choses à raconter qu'elle pouvait comprendre et apprécier, par exemple comment il avait fait la chasse aux brigands dans l'Italie du Sud et comment il avait su se faire aimer par les humbles et les miséreux au temps où il était encore évêque de Pérouse.
Ses yeux se remplirent de larmes et elle s'écria:
—Ah, s'il n'était pas si vieux, s'il avait encore bien des années à vivre, puisque c'est un si grand saint homme!
—Oui, si seulement il n'était pas si vieux! dit le fils en soupirant.