Mais signora Concenza avait déjà essuyé les larmes de ses yeux.

—Il faut cependant que tu supportes tout cela avec calme, dit-elle. Dis-toi bien que le cours de sa vie doit être accompli! Il est impossible d'empêcher la mort de le saisir.

Mais le prêtre était un exalté. Il aimait l'Église et il avait rêvé que le grand pape devait la conduire à des victoires importantes et décisives.

—Je donnerais volontiers ma vie, si elle pouvait racheter la sienne, dit-il.

—Qu'est-ce que tu racontes? s'écria la mère. Tu l'aimes vraiment à ce point? Mais tu ne dois pourtant pas faire des vœux si dangereux. Tu dois au contraire voir à vivre bien longtemps. Qui sait ce qui peut arriver? Pourquoi ne serais-tu pas pape à ton tour?

Une nuit et un jour passèrent, sans que l'état du pape s'améliorât. Lorsque, le lendemain, signora Concenza rencontra son fils, celui-ci avait l'air tout bouleversé. Elle comprit qu'il avait passé la journée entière en jeûne et en prières, et elle commença à prendre humeur.

—Je crois vraiment que tu vas te tuer pour ce vieux malade, dit-elle.

Le fils fut peiné de la retrouver sans compassion et essaya de lui faire partager sa douleur.

—Tu devrais vraiment plus qu'aucun autre souhaiter que le pape survive, dit-il. Si Dieu lui permet de continuer son règne, il va nommer mon curé évêque avant qu'un an soit passé, et dans ce cas-là ma fortune est faite. Il me donnera alors une bonne charge auprès d'une cathédrale. Tu ne me verras plus me promener dans une soutane usée. J'aurai de l'argent en abondance et je pourrai t'aider ainsi que tes pauvres voisins.

—Mais si le pape meurt? demanda signora Concenza angoissée.