—Ce serait vraiment un trop grand malheur pour tout le monde, si le pape mourait, pensa-t-elle en continuant sa route.
En voyant que beaucoup des passants avaient l'air éploré, elle se faisait un vrai plaisir en imaginant le bonheur qu'il y aurait à voir la joie de tout ce monde-là, si le pape était rétabli. Et, comme à l'instar de bien des gens qui ont l'humeur légère, elle n'éprouvait pas plus de crainte à l'idée de mourir qu'à celle de vivre, elle se dit à elle-même:
—Si seulement je savais comment m'y prendre, je donnerais volontiers au Saint-Père les années qui me restent encore à vivre!
Elle parlait ainsi un peu en plaisantant, mais il y avait bien aussi du sérieux dans ses paroles. Elle souhaitait vraiment de pouvoir faire quelque chose de ce genre.
—Une vieille femme ne saurait souhaiter une plus belle mort, se dit-elle. Je rendrais service et à mon fils, et à ma fille, et je ferais le bonheur d'une foule de gens par-dessus le marché.
Tout en retournant ces idées dans sa tête, elle souleva le tapis bourré, suspendu devant l'entrée d'une petite église obscure. C'était une église des plus anciennes, une de celles qui ont l'air de s'enfoncer petit à petit dans la terre, parce que le sol de la ville, au cours des années, s'est soulevé de plusieurs mètres tout autour d'elles. Cette église avait gardé, à l'intérieur, quelque chose de lugubre, à force de vétusté, venant sans doute des temps sombres qui l'avaient vu construire. Un frisson involontaire faisait tressaillir celui qui entrait sous ces voûtes basses, soutenues par des colonnes de largeur extraordinaire, et qui voyait les images des saints, d'un style barbare, qui vous regardaient du haut des murs et des autels.
En entrant dans cette vieille église, toute remplie de gens en prières, signora Concenza fut prise d'une sensation de peur mystérieuse mélangée de respect. Elle sentit nettement que dans cet endroit demeurait, sans conteste, une divinité. Sous les voûtes lourdes planait quelque chose d'infiniment puissant et mystérieux, quelque chose qui donnait une telle impression de force surnaturelle, qu'elle se sentit trembler à l'idée d'y rester.
—Voici une église où l'on ne va pas pour écouter la messe ou pour se confesser, se dit signora Concenza. On y va lorsqu'on est en grande détresse et qu'on ne peut être aidé que par un miracle.
Elle resta hésitante, près de la porte, à respirer cet air étrange d'angoisse et de mystère.
—Je ne sais même pas à qui cette église est consacrée, murmura-t-elle, mais je sens qu'il y a vraiment ici quelqu'un qui peut nous donner ce que nous demandons.