Elle s'arrêta et regarda en haut. Dans l'obscurité qui régnait entre les hautes maisons, il lui sembla discerner une paire d'ailes énormes et même elle crut entendre le bruissement des plumes.

—Qu'est cela? dit-elle. Ce ne peut pourtant pas être un oiseau. C'est beaucoup trop grand.

Immédiatement après elle crut distinguer un visage dont la blancheur était telle qu'elle perçait l'obscurité. Alors un effroi indicible s'empara d'elle. «C'est l'ange de la mort qui plane sur moi, pensa-t-elle. Ah qu'est-ce que j'ai fait? Je me suis livrée aux mains du Terrible.»

Elle se mit à courir, mais elle continua à entendre le bruit sourd des ailes puissantes, et elle était convaincue que la mort la poursuivait.

Elle fuyait par les rues avec une rapidité exaspérée. Néanmoins il lui sembla que la mort s'approchait de plus en plus. Déjà elle sentait les ailes effleurer son épaule.

Soudain elle entendit un sifflement dans l'air. Un objet lourd et aigu la frappa à la tête. L'épée de la mort l'avait atteinte. Elle tomba à genoux. Elle comprit qu'il lui fallait mourir...

Quelques heures plus tard la vieille Concenza fut trouvée dans la rue par quelques ouvriers. Elle était là inanimée, frappée d'une congestion. La pauvre femme fut transportée à l'hôpital où l'on réussit à la faire recouvrer ses sens, mais il était évident qu'il ne lui restait pas beaucoup d'heures à vivre.

On eut cependant le temps de faire venir ses enfants. Lorsque, remplis de douleur, ceux-ci arrivèrent à son lit, ils la trouvèrent très calme et très heureuse. Elle ne pouvait guère parler, mais elle restait là à caresser leurs mains.

—Il faut être heureux, disait-elle, heureux, heureux.

Elle n'était pas contente de les voir pleurer, cela était évident. Elle demanda même aux infirmières de sourire et de manifester leur joie.