—Gais et heureux, répéta-t-elle, maintenant il faut que tout le monde soit heureux et content.
Elle demeurait là, les yeux affamés de voir un peu de joie autour d'elle.
Elle s'impatientait de plus en plus devant les larmes des enfants et les mines graves des infirmières. Elle commençait à prononcer des paroles que personne ne comprenait. Elle disait que s'ils n'étaient pas contents, elle aurait pu aussi bien continuer à vivre. Ceux qui l'entendaient croyaient qu'elle divaguait.
Tout à coup la porte s'ouvrit et un jeune médecin entra dans la salle. Il tenait à la main un journal qu'il brandit en criant à haute voix:
—Le pape va mieux. Il guérira. Il y a eu un revirement cette nuit.
Les infirmières lui firent signe de se taire pour ne pas troubler la paix de le mourante; mais signora Concenza l'avait déjà entendu.
Elle avait remarqué aussi qu'un frémissement de joie, tel un éclair de bonheur, avait effleuré ceux qui entouraient son lit.
Alors l'inquiétude disparut de son visage. Elle sourit, contente. Elle fit signe qu'on la redressât dans son lit.
Là elle restait à regarder autour d'elle avec des yeux de visionnaire. C'était comme si elle embrassait Rome entière de son regard, Rome dont à cette heure les habitants envahissaient les rues, en se transmettant entre eux la nouvelle heureuse.
Elle releva la tête aussi haut que possible.