—C'est moi, dit-elle. Je suis très contente. Dieu m'a laissée mourir pour qu'il puisse vivre. Ça ne fait rien de mourir, puisque j'ai rendu heureux tout le monde.

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Mais à Rome on raconte qu'une fois rétabli, le Saint-Père s'amusait un jour à relever sur les registres des églises tous les vœux pieux faits pour sa guérison.

Il lut en souriant la longue liste de petits cadeaux jusqu'à ce qu'il vint à l'annotation portant que Concenza Zamponi lui avait donné les années qu'il lui restait à vivre. Alors tout d'un coup il devint grave et pensif.

Il fit rechercher Concenza Zamponi et il apprit qu'elle était morte la nuit même où il guérit. Il fit mander aussi son fils Domenico et le questionna sur les derniers moments de sa mère.

—Mon fils, lui dit le pape, lorsqu'il eut enfin fini, ta mère ne m'a pas sauvé la vie comme elle le croyait à son heure dernière, mais je suis très touché de son amour et de son esprit de sacrifice.

Il donna sa main à baiser à Domenico, et le congédia.

Mais les Romains assurent que bien que ne voulant pas avouer ouvertement que sa vie avait été prolongée grâce au sacrifice de la vieille femme, il en était cependant convaincu. «Pourquoi, sans cela, Père Zamponi aurait-il fait une carrière si rapide? demandent les Romains. Il est déjà évêque et l'on chuchote qu'à la prochaine occasion il va être promu cardinal.»

Et à Rome on ne craignait plus la mort du pape, même quand celui-ci était très sérieusement malade. On prévoyait qu'il allait vivre plus longtemps que les autres humains, car sa vie avait été prolongée de toutes les années dont lui avait fait cadeau la pauvre Concenza.

[LE BALLON]