Elle a déposé la Bible et reste là toute en pleurs, essuyant ses yeux avec le mouchoir entortillé.
—Je te remercie, fait le juge encore une fois, et il lui prend la main qu'il serre comme si c'était celle d'un brave.
II
Il ne faut pas croire que la jeune fille qui venait de passer un si mauvais moment devant le tribunal, fût elle-même convaincue d'avoir accompli une action méritoire. Bien au contraire, elle estimait qu'elle s'était couverte de honte devant tout le public. Elle ne comprenait pas que le geste du juge venant lui serrer la main, était un honneur pour elle. Elle croyait que cela signifiait seulement que l'affaire était terminée et qu'elle était libre de s'en aller.
Elle ne voyait pas non plus que les gens la regardaient d'une façon bienveillante et que plusieurs voulaient lui serrer la main. Elle se faufilait et cherchait à s'enfuir. Mais la sortie était encombrée. L'audience étant finie, nombreux étaient ceux qui avaient hâte de partir. Elle fut parmi les derniers à quitter la salle. Elle trouvait que tout le monde avait le droit de passer avant elle.
Lorsqu'enfin elle fut dehors, elle vit la voiture de Gudmund Erlandsson, tout attelée, devant l'escalier. Assis dans la voiture, les rênes entre les mains, Gudmund semblait attendre quelqu'un. Aussitôt qu'il l'eut aperçue dans la foule qui sortait, il lui cria:
—Viens ici, Helga! Il y a une place pour toi ici, puisque nous suivons le même chemin.
Mais bien qu'elle entendît prononcer son nom, elle ne put pas croire que ce fût elle qu'il appelait ainsi. Ce n'était pas possible que Gudmund Erlandsson voulût la prendre dans sa voiture. C'était l'homme le plus beau de toute la commune; jeune, aimable, de bonne famille et bien vu de tous. Jamais elle n'aurait pu croire qu'il voulût avoir affaire à elle.
Le fichu rabattu sur le visage, elle le dépassa en courant sans regarder ni répondre.
—N'entends-tu pas, Helga, il y a une place dans ma voiture? répéta Gudmund, en essayant de donner à sa voix une intonation très amicale.