Elle était descendue avant que le cheval eût pu s'arrêter.

—Je croyais que tu savais qui j'étais, en m'offrant une place dans ta voiture, dit-elle. Sans cela je ne serais pas montée.

Gudmund fit un salut bref et repartit. Elle avait évidemment tout lieu de croire qu'il la connaissait. Il avait vu la fille du Grand-Marais bien des fois, lorsqu'elle était enfant, mais elle avait bien changé depuis lors. D'abord il fut très heureux d'être débarrassé de sa compagne de route, mais peu à peu il commença à se sentir mécontent de lui-même. Évidemment il n'aurait guère pu agir autrement, mais il n'aimait pas à se montrer cruel envers qui que ce fût.

Quelques minutes après s'être séparé de Helga, Gudmund dévia de la grand'route et monta un petit chemin étroit qui menait à une grande ferme d'aspect opulent. Au moment où Gudmund arrêta sa voiture devant le perron, la porte d'entrée s'ouvrit et une des filles de la maison apparut sur le seuil. Gudmund la salua en ôtant son chapeau, tandis qu'une légère rougeur colorait son visage.

—Je viens voir si votre père est encore là, dit-il.

—Quel dommage, il est déjà parti pour le tribunal, répondit la jeune fille.

—Ah! bien, il est déjà parti, dit Gudmund. J'étais venu pour lui offrir une place dans ma voiture. J'y vais, au tribunal, moi aussi.

—Père est toujours si pressé, dit la jeune fille d'un ton de regret.

—Il n'y a pas de mal, répartit Gudmund.

—Père aurait été bien content d'y être conduit dans une si jolie charrette tirée par le beau cheval que voilà, ajouta la jeune fille, aimable.