Gudmund cherchait des yeux Helga, mais nulle part, dans aucun coin de la cabane, il n'arrivait à la découvrir. Alors il jugea préférable de rester dehors jusqu'à ce qu'elle rentrât. Il s'étonnait qu'elle ne fût pas encore de retour. Peut-être s'était-elle arrêtée en cours de route pour se reposer ou manger chez des amis? En tout cas elle ne pouvait plus tarder, si elle tenait à être à l'abri avant la tombée de la nuit.
Gudmund se tenait au milieu de la pelouse, prêtant l'oreille au moindre bruit. Le silence était complet. Pas le moindre vent. Il lui semblait que jamais jusqu'alors il n'avait remarqué une telle sérénité. C'était comme si la forêt entière retenait son haleine dans l'attente de quelque événement extraordinaire.
Pas un être humain dans la forêt. Aucun bruit de branche cassée, ni de pierre déplacée. Helga était évidemment encore loin.
—Je me demande ce qu'elle dira lorsqu'elle me verra ici, se dit Gudmund. Elle jettera peut-être les hauts cris, elle se sauvera dans la forêt et n'osera pas rentrer de toute la nuit.
À ce moment précis de ses réflexions, il fut frappé par la singularité du fait que depuis ce matin il portait un tel intérêt aux affaires de cette pauvre fille du Grand-Marais.
En rentrant de la séance du tribunal, il était allé comme d'ordinaire raconter à sa mère ce qui lui était arrivé dans la journée. La mère de Gudmund était une femme avisée et généreuse qui avait su se conduire avec son fils de telle sorte qu'adulte il lui avait conservé la même confiance qu'il avait pour elle dans son enfance. Elle était souffrante depuis bien des années et ne pouvant plus marcher, elle restait la journée entière immobile dans son fauteuil. C'était toujours un régal pour elle, quand Gudmund rentrant de voyage lui apportait des nouvelles.
Quand il eut raconté à sa mère l'aventure de Helga du Grand-Marais, Gudmund la vit toute soucieuse. Elle garda le silence un long moment, les yeux fixés devant elle.
—Tout bon sentiment n'est donc pas éteint chez cette fille-là, dit-elle enfin. Il ne faut rejeter personne pour une première faute. Il se pourrait bien qu'elle fût reconnaissante à celui qui lui viendrait en aide en ce moment.
Gudmund comprit de suite ce que voulait dire sa mère. Ne pouvant plus se tirer d'affaire toute seule, elle avait besoin d'une personne qui fût à son entière disposition. Mais il était toujours très difficile de trouver quelqu'un qui voulut se charger de ce service. Sa mère était très exigeante, très difficile à contenter, et puis, les jeunes gens préféraient un travail qui leur donnât un peu plus de liberté. Or, il était sans doute venu à l'esprit de sa mère de prendre à son service Helga du Grand-Marais, et Gudmund trouva que c'était là une excellente idée. Helga serait sûrement très dévouée à sa maîtresse. Il se pourrait bien qu'ainsi ils fussent tirés d'embarras pour longtemps.
—Ce qu'il y a de plus délicat, c'est l'enfant, dit la mère après une pause; et Gudmund comprit par là qu'elle réfléchissait sérieusement.