La jeune fille eut un cri de joie et de stupeur à la fois, et l'instant d'après, Gudmund sentit deux bras autour de son cou. Il en fut tout effrayé et sa première idée fut de se détacher, mais il se ravisa et demeura sans bouger. Il comprit que la jeune fille était transportée de joie au point de ne plus savoir ce qu'elle faisait. À ce moment-là elle aurait pu se jeter au cou du pire gredin, uniquement pour partager avec quelqu'un le grand bonheur qui lui était arrivé.

—Si elle veut bien m'engager, je pourrai vivre! dit-elle en inclinant sa tête contre la poitrine de Gudmund; et de nouveau elle pleura mais avec moins de véhémence que tout à l'heure. Il faut que tu saches que c'était bien mon intention d'aller me jeter dans le marais, dit-elle. Je te remercie d'être venu. Tu m'as sauvé la vie.

Jusque là Gudmund était demeuré immobile mais peu à peu il sentait naître en lui un sentiment confus de douce tendresse. Par un mouvement instinctif il leva la main et lui caressa les cheveux. Alors elle tressaillit comme s'il l'eût réveillée d'un rêve et se dressa toute droite devant lui.

—Je te remercie d'être venu! répéta-t-elle.

Elle était toute rougissante, et lui aussi rougit.

—Ainsi tu viendras nous voir demain, dit-il lui tendant la main en guise d'adieu.

—Je n'oublierai jamais que tu es venu ce soir même, dit Helga chez qui la reconnaissance l'emporta sur le trouble.

—Mais oui, c'est très bien que je sois venu, répondit-il, très calme, tout en se sentant fort satisfait de lui-même. À présent tu vas entrer, je pense? ajouta-t-il.

—Oui, à présent je vais pouvoir entrer.

Gudmund se découvrit subitement pour Helga cette grande sympathie qu'on éprouve si souvent pour ceux qu'on a été amené à aider.