Helga était restée près de la porte tout ce temps-là.
—Vous ne devriez pas me recevoir si bien, dit-elle à voix basse. Je n'aurai pas d'argent de Per. J'ai renoncé à son secours.
—Nous avons déjà eu la visite de quelqu'un qui avait assisté à la séance et qui a vu ce qui s'est passé, dit la mère. Nous savons tout.
Helga restait toujours à côté de la porte, ayant l'air de n'y rien comprendre.
Alors son père, le vieux journalier, déposa son ouvrage, releva ses bésicles, et crachota pour faire un petit discours qu'il avait ruminé toute la soirée.
—C'est que ta mère et moi, Helga, dit-il, solennel, nous nous sommes toujours efforcés d'être des gens honnêtes et braves, et il nous a semblé que par ta faute nous étions tombés dans le déshonneur. C'est à croire que nous ne t'aurions pas appris à distinguer le bien du mal. Mais lorsque nous avons su ce que tu as fait aujourd'hui, nous nous sommes dit, ta mère et moi, que maintenant du moins, les gens seraient obligés de constater que tu avais reçu une bonne éducation et de bons enseignements, et nous avons pensé que nous pourrions peut-être encore avoir lieu d'être contents de toi. Et ta mère n'a pas voulu que nous nous mettions au lit avant ton retour, pour te faire un accueil honorable.
III
Helga du Grand-Marais vint à Närlunda et tout se passa à souhait. Elle était docile, serviable et reconnaissante du moindre mot aimable qui lui était adressé. Elle se considérait toujours comme la plus humble et jamais elle ne se mettait en avant. Aussi ne fut-elle pas longtemps à gagner et l'estime de ces autres patrons et l'amitié de ses camarades.
Les premiers jours Gudmund eut tout l'air d'avoir peur de s'adresser à Helga. Il craignait que cette fille du Grand-Marais ne se fît des idées, parce qu'il était venu à son secours; mais c'étaient là des soucis inutiles. Helga le jugea bien trop admirable, trop supérieur, pour lever les yeux sur lui. Aussi Gudmund remarqua-t-il bientôt qu'il n'y avait aucune raison de la tenir à distance. Elle était même plus réservée vis-à-vis de lui que vis-à-vis des autres.
Au cours du même automne où Helga était venu à Närlunda, Gudmund fit des visites répétées chez le riche paysan de Elvokra, et le bruit courait qu'il avait des chances sérieuses de devenir le gendre de la maison. Ce n'est cependant que vers Noël qu'on eut la certitude du succès de sa demande. À cette époque le fermier lui-même avec sa femme et sa fille vint en visite à Närlunda et il était évident que le but de leur visite était de se rendre compte de la situation qui y serait faite à Hildur, si elle épousait Gudmund.